Être témoin d’actes de bonté incite à faire le bien

Est-ce que les actes de bonté que nous voyons transforment une partie de nous de façon positive ? Un chercheur de l’Université de Colombie Britannique pense que la réponse est oui.

 

Dans une nouvelle étude publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, le Dr. Karl Aquino et son équipe ont découvert que les personnes témoins d’actions exceptionnellement altruistes seraient plus susceptibles d’agir de façon charitable.

 

« Cela produit ces types de changement dans leur pensée », explique-t-il, en ajoutant qu’être témoin de bonnes actions incite les gens à faire le point sur leur propre vie et se demander s’ils pourraient être de meilleures personnes.

 

«  Ils ont comme une réaction émotionnelle : ils sont inspirés, ils sont en quelque sorte impressionnés par leur comportement et ils peuvent avoir d’importantes réactions physiologiques. Beaucoup de ces changements peuvent les amener à essayer d’accomplir de bonnes actions pour les autres. »

 

L’étude a révélé que la plupart des gens pouvaient se rappeler d’avoir été personnellement témoins d’un acte de bonté ayant influencé leurs émotions, leurs pensées et leur comportement dans leur vie.

« Cette découverte nous apprend que ce n’est pas seulement le mal commis par les hommes et les femmes qui les suit, mais parfois c’est aussi le bien », conclut l’étude.

 

L’équipe de l’UBC a procédé à une série de tests qui ont exposé des individus à des actes de compassion phénoménaux par l’entremise d’articles de nouvelles, de vidéos musicales et d’histoires. Ils ont trouvé un lien de causalité positif entre le sujet expérimentant une « élévation morale » et la probabilité qu’il fasse don de 15 €, le montant reçu pour sa participation à l’étude.

 

Toutefois, il y avait des conditions à cette réaction positive, et cela dépendait en grande partie de la prédisposition des individus à s’identifier à la morale. En d’autres termes, si vous ne possédez pas de sens de la morale et que vous êtes témoin de ces actes, cela ne peut que vous affecter très légèrement ou même pas du tout.

 

« Pour certains d’entre nous, s’identifier comme une personne ayant un sens moral est beaucoup plus important que pour d’autres personnes. Nous avons découvert que ce sont ces personnes qui sont enclines à avoir une plus forte réaction aux actes vertueux, […] tandis que d’autres personnes y sont beaucoup moins sensibles », explique Dr Aquino.

 

L’étude de l’élévation morale, mentionnée par des chercheurs étrangers, a été lancée par le Dr. Jonathan Haidt. Ce dernier a proposé une théorie selon laquelle il y aurait cinq valeurs morales fondamentales partagées par la plupart des cultures et des personnes,  acceptées à divers degrés. Elles consistent à prendre soin des autres et les protéger du mal ; à aiguiser son sens de l’équité et de la justice en traitant les autres également ; à faire preuve de loyauté envers son groupe, famille, nation ; à démontrer du respect pour la tradition et l’autorité légitime ; et à aspirer à la pureté (éviter les choses, aliments et actions répugnants).

 

Le Dr. Haidt a même réussi à établir une différence dans le code moral entre ceux s’identifiant comme libéraux et ceux s’identifiant comme conservateurs. Il a constaté que pour les libéraux, prendre soin des autres et l’équité sont plus importants que la loyauté, le respect et la pureté. Les gens qui se sont identifiés comme conservateurs ont accordé une importance égale à l’ensemble des cinq valeurs, quoique l’équité ait été classée au dernier rang. Les libéraux, en revanche, ont évalué la pureté au bas de l’échelle. Ces résultats étaient semblables dans l’ensemble des différents pays et cultures.

 

Karl Aquino espère que les résultats de son étude influenceront la couverture médiatique. Il croit qu’au lieu de se concentrer sur les points négatifs et les situations sensationnelles, par exemple la vie personnelle de Charlie Sheen, la couverture d’actes de bonté serait plus susceptible de produire un changement positif dans la société.

 

« La majorité des médias essaie d’amener les gens à faire de bonnes actions en mettant en évidence la souffrance des autres ou les choses terribles qu’ils vivent », continue-t-il.

«  Nous suggérons donc une technique alternative de mettre en évidence des exemples extraordinaires de bonté. Ils sont rares, par définition, et ils ne se produisent pas tous les jours. Toutefois, si on pouvait les identifier et les rendre beaucoup plus proéminents, alors ils amèneraient les gens à repenser différemment leur vie et leur interaction avec les autres, ce qui les influencerait à faire le bien. »

 

Le Dr. Aquino espère faire des recherches plus avancées pour déterminer combien de temps les effets de l’élévation morale demeurent suite à une première inspiration.