être hypersensible une force ou une faiblesse ?

Certaines personnes peuvent être plus dérangées que d’autres par différents stimuli, et ont donc des réactions proportionnelles à cette gêne qu’elles ressentent. Elles ont une telle faculté, une telle perception interne qu’elles sont constamment en état d’alerte, et ce en toutes circonstances.

Si vous êtes vous-même hypersensible, vous vous demandez sûrement si vous devez considérer cette hypersensibilité comme un don ou bien comme une malédiction.

Hypersensible, vous l’êtes peut-être. Si, depuis toujours, vous ne supportez ni le bruit ni l’agitation; si vous êtes très susceptible, prenant de plein fouet la moindre remarque désagréable, et si, quand vous entrez dans une pièce, vous «scannez» intérieurement les zones d’inconfort potentiel, tout laisse à penser que vous faites partie de ces 15% à 20% de la population mondiale qu’une psychologue américaine, Elaine Aron, a décrits et commencé à étudier dès le début des années 1990.

Se définissant comme hypersensible Elaine Aron, souffrait d’être trop rapidement prise pour une timide, une introvertie ou une dépressive. Son symptôme majeur: elle avait besoin de plus de temps que ses comparses pour observer attentivement les situations et surtout bien réfléchir avant d’agir. Du coup, elle vivait chaque événement avec beaucoup plus d’intensité que la moyenne et était facilement bouleversée, une vulnérabilité que son entourage ne comprenait pas forcément.

À travers ses recherches, Elaine Aron s’est rendu compte que sa manière de traiter l’information avait tout d’une stratégie de survie. Contrairement à la timidité, qui est probablement d’origine culturelle, cette hypersensibilité serait selon elle une caractéristique innée. «Les biologistes ont découvert que ce trait existe aussi chez la plupart des animaux, des poissons aux primates», explique-t-elle sur son site internet (1).

 

Revers positifs de la médaille: l’extrême intuition des hypersensibles, leurs formidables capacités d’empathie, leurs talents artistiques. Aujourd’hui, ils disposent de nombreuses ressources pour s’identifier entre eux, s’entraider et entamer de vastes «chats» contre les professionnels de la psyché qui les classent un peu trop facilement dans une pathologie. Les sites anglophones, nés peu après la sortie de livre culte d’Elaine Aron (Ces gens qui ont peur d’avoir peur, Éditions de l’Homme, 2000), sont désormais fort nombreux. Certains, à travers conseils et recommandations, permettent aux hypersensibles de se protéger plus particulièrement dans leur vie professionnelle (2). D’autres présentent l’actualité scientifique sur le sujet: un magazine papier et des vidéos pour highly sensitive people sont disponibles (3). La France n’est pas en reste, avec un site créé en février 2005 (4) par une mystérieuse Lawen. Celle-ci annonce une moyenne de 150 visites par jour et les messages postés témoignent de l’enthousiasme de ses membres. La possibilité d’identifier enfin son trouble et de partager son expérience avec d’autres comme soi fonctionne à plein.

Besoin d’encouragements  :«Oui, je suis vraiment HS (hypersensible), écrit Iasseva. Un psy m’a parlé de cela il y a sept ans, mais je ne comprenais pas vraiment ce que ça voulait dire, parce que je le voyais seulement comme une faiblesse psychologique, une sorte de maladie handicapante qui m’a causé quelques problèmes professionnels. On me reproche souvent mon intolérance aux choses (bruits forts, sons aigus, fumée, toucher par surprise, etc.) et on me conseille de vivre dans un univers aseptisé. Ce à quoi je réponds: je supporte et j’accepte très bien l’air pur, la créativité et la beauté.»

Pour Elaine Aron, l’une des clés du bien-être des hypersensibles est justement de ne pas chercher à vivre comme des personnalités lambda. «Vous avez besoin de plus de temps de récupération, calculez-le dans votre agenda; vous êtes particulièrement vulnérable à la caféine, évitez-la… Et dites à votre entourage que vous avez besoin de plus d’encouragements que la moyenne», précise-t-elle à ses congénères. Particulièrement prisés, ses conseils aux parents d’enfants qui souffrent d’hypersensibilité: «Veillez à toujours sanctionner avec douceur et gentillesse.»

 

 

Comment créer les circonstances dans lesquelles vos talents particuliers vont pouvoir s’épanouir ?

 

Savoir bien analyser les situations

La psychologue américaine Elaine Aron, auteure de Ces gens qui ont peur d’avoir peur : Mieux comprendre l’hypersensibilité, était, dans les années quatre-vingt-dix, la première à mentionner “le sens du détail” parmi les caractéristiques types des hypersensibles. Ce que la recherchea confirmé plus tard. Au jeu des différences, les hypersensibles étaient beaucoup plus rapides et efficaces que les autres. « Ils voient par exemple, en entrant dans une pièce, des détails tels que le panneau de sortie de secours ou savent immédiatement comment rendre un espace plus convivial. », ajoute Elaine Aron. Des caractéristiques bien utiles en cas d’incendie ou si l’on rêve d’être décorateur d’intérieur. « Mais cette faculté de perception accrue a son revers : comme beaucoup d’informations arrivent au cerveau, les décisions peuvent être difficiles à prendre. C’est pourquoi je dis toujours : prenez votre temps pour réfléchir. Dans notre société, la réactivité est une qualité, alors que les hypersensibles sont, au contraire, bons dans l’analyse, la perception des opportunités et des menaces. Mettez ces talents à profit, car une décision peut parfois avoir d’importantes conséquences. »

 

L’empathie créé des liens plus profonds

L’idée selon laquelle les hypersensibles sont souvent plus empathiques a, elle aussi, été démontrée scientifiquement. Lors d’une étude menée par Elaine Aron et son mari Arthur Aron, professeur de psychologie à l’université de New York, des hypersensibles et des non-hypersensibles ont regardé des photos où leur partenaire ainsi que des inconnus présentaient différentes expressions. La conclusion en a été que les premiers avaient une meilleure lecture des visages et vibraient davantage avec les émotions des autres. Cette dernière affirmation a été prouvée par une IRM montrant que, chez eux, le cortex cingulaire et l’insula, les zones cérébrales responsables de la conscience et de l’empathie s’allumaient davantage. Elaine Aron conseille aux hypersensibles d’utiliser plus souvent cette émotivité et cette empathie.

 

Épanouissez-vous dans la paix et l’harmonie

L’épanouissement d’un hypersensible dépend fortement de son environnement. Il en est donc davantage dépendant qu’un autre.
« Avant, on pensait que, dans un mauvais environnement, un hypersensible courait plus de risques qu’un non-hypersensible de souffrir d’angoisse et de dépression, alors que dans de bonnes conditions, les chances étaient égales, explique la professeure de psychologie Elke van Hoof.
De récentes recherches, notamment menées par notre université, montrent au contraire que dans un environnement favorable, les hypersensibles font même mieux que les autres. Ils sont en meilleure santé, mieux intégrés socialement et affichent de plus belles carrières. Il ressort en outre qu’ils sont plus réceptifs à l’aide sous forme de conversation avec une personne de confiance, telle qu’un coach ou un thérapeute. Il y a donc bien deux côtés à la médaille : oui, les hypersensibles sont plus souvent sujets au burn-out et aux troubles liés au stress, mais ils tirent également davantage profit de conditions favorables. »

Elaine Aron conseille aux hypersensibles de se façonner autant que possible un environnement agréable. « Tout commence par savoir vous reposer à temps, de manière à ne pas être surstimulé. Ménagez-vous aussi des refuges en côtoyant d’autres personnes dans votre cas, à même de vous comprendre. » Au travail, les hypersensibles ont souvent des difficultés avec les échéances urgentes, un chef trop critique ou un espace de travail trop bruyant. « Le mieux est un climat calme et harmonieux où vous pouvez exprimer vos idées et avoir le contrôle de votre temps et de votre environnement. Pour ces raisons, être son propre patron, si c’est possible, est souvent une bonne chose pour les hypersensibles », ajoute Elaine Aron.

 

Savoir nourrir sa singularité

Beaucoup de personnes hypersensibles passent une grande partie de leur vie à penser que quelque chose cloche chez elles. Elles sont en effet différentes de 80 % des autres.
« Il faut accepter cette différence, affirme Elaine Aron, car on ne peut pas changer ce trait de caractère, il est ancré dans le système nerveux central. Pour l’accepter, il faut vous concentrer sur les côtés positifs : vous saisissez les subtilités, les nuances, vous êtes intuitif, avez un sens aigu de l’esthétique… Pensez également à des situations où votre hypersensibilité vous a permis de réaliser quelque chose de particulier. » « Il est normal de devoir passer par une phase d’acceptation, pas toujours évidente, lorsque vous découvrez que vous êtes hypersensible, ajoute Elaine Aron. Vous ne pourrez pas toujours faire comme les autres, ce qui vous amènera parfois à vous sentir isolé de votre entourage. A contrario, vous ne devez pas utiliser votre hypersensibilité pour imposer vos désirs et exigences à autrui, ce que certains hypersensibles ne manquent malheureusement pas de faire. Les relations doivent être équitables. Cherchez le compromis et adaptez-vous également aux autres. »

Marquez clairement vos limites

En tant qu’hypersensible, vous vous sentez rapidement surstimulé, avec pour conséquences une réaction émotionnelle – l’irritation, la colère – ou de la fatigue. « Si vous savez prévenir la surstimulation, vous ne souffrirez pas ou peu des effets négatifs de l’hypersensibilité, affirme Elke van Hoof. Évitez les situations que vous savez difficiles pour vous.
Je ne veux pas dire qu’il faille travailler en dessous de votre niveau, car un hypersensible qui manque de défis peut développer des problèmes liés au stress. Mais reconnaissez vos limites et respectez-les. 
» Elaine Aron plaide également en ce sens : « Votre corps vous indique souvent où se trouvent ces limites, par exemple par des maux de tête, des palpitations cardiaques ou de la nervosité. » Et elle ajoute : « Les hypersensibles ont une empathie forte et sont parfois trop impliqués dans les problèmes des autres, ou deviennent trop vite intimes avec des gens qui ne leur correspondent pas. Là aussi, tracez une frontière et faites un pas en arrière. Cela ne marchera peut-être pas immédiatement, vous apprendrez au fil de vos tentatives et de vos erreurs. »

 

N’en faites pas étalage

Faut-il dire aux autres que vous êtes hypersensible ? Elaine Aron le déconseille. « Pour beaucoup d’hypersensibles, savoir enfin pourquoi ils sont différents agit comme un révélateur. Mais n’attendez pas de votre entourage qu’il soit aussi ravi que vous. Dans certains milieux, vous risquez de devenir le mouton noir. Je trouve préférable d’agir de façon plus stratégique. Si les gens louent votre empathie ou votre créativité, dites par exemple que vous avez lu que 20 % des gens étaient ainsi. » Évitez le terme “hypersensible” si vous craignez que les gens froncent les sourcils ou ouvrent de grands yeux incrédules. Pour certains, l’hypersensibilité reste une façon de déguiser un sentiment de supériorité ou une volonté d’attirer l’attention. En situation difficile, vous pouvez parler des circonstances.
« Quand je passe un week-end avec des amis, j’explique que j’ai besoin d’un peu de temps pour moi-même, explique Elaine Aron, que je suis de meilleure compagnie si j’ai l’esprit tranquille. Je le fais de manière à ce que les autres ne se sentent pas rejetés. Je rappelle éventuellement, avec tact et modestie, quelles sont les qualités des hypersensibles. Car l’hypersensibilité est un package. »

 

conclusion :

Loin d’être une faiblesse, un handicap ou une maladie, l’hypersensibilité est une force lorsqu’elle est acceptée : la vie est vécue pleinement, remplie d’authenticité et de profondeur. Faire les choses à moitié n’intéresse pas les hypersensibles. Les gens vous apprécient pour votre empathie naturelle, pour votre créativité et votre sens de la poésie.

Le tout est d’apprendre à vous laisser traverser par vos émotions, à vous protéger, à poser des limites, dans le but non pas de rejeter les autres, mais pour maintenir la sécurité de votre maison intérieure, et préserver votre stabilité et votre sérénité.