Hakuna Matata : un mantra stoïcien (analyse d’une chanson bien connue)

Hakuna Matata ce mot signifie que tu vivras ta vie sans aucun souci…. (je vous entends chanter la suite)

 

Il faut donc croire que ces mots et la pensée qu’ils renferment sont très puissants. N’ont-ils pas réussi à libérer le jeune Simba de son affliction (sa peine profonde)  et à le convertir au bonheur ? La pensée aurait-elle le pouvoir d’aider à vivre ?

Telle est l’opinion d’autres philosophes que Timon et Pumba : les Stoïciens. Pour eux, la philosophie obéit à une finalité très précise : nous donner les moyens d’être heureux. La philosophie est une thérapeutique qui, en soignant les maux dont nous souffrons, nous permet d’atteindre le bonheur, c’est à dire l’absence de troubles. Pour gagner cet état, il faut discipliner son assentiment, c’est à dire qu’il faut transformer le regard que nous portons sur les choses.

Ainsi, nous prenons conscience de notre capacité à être comme un îlot de liberté au milieu de l’immense nécessité de l’univers. Une oasis en plein cœur du désert en somme. Cette restriction du moi est la condition de la paix de l’âme. Il faut ôter de notre esprit tout ce qui ne dépend pas de nous.

Marc Aurèle désigne plusieurs cercles qui entourent le moi. L’exercice philosophique consiste précisément à les rejeter comme étrangers.

Tout d’abord, le cercle des autres. Il faut cesser de s’inquiéter de ce qu’un tel dit ou pense et de pourquoi il le fait. Ce que penseront les lions de ce qu’a fait Simba ne doit pas le préoccuper.

Ensuite, le cercle du passé et de l’avenir. De fait, ni le passé ni l’avenir ne sont en notre pouvoir. Seul le présent dépend de nous. Sur lui, concentrons nous. Inutile de ressasser la mort de Mufasa. C’est du passé.

Puis, le cercle des émotions que font naître à tort en nous certains événements. Nous les interprétons d’une manière qui fait que nous sommes profondément affectés par eux. Veillons à regarder les événements de façon neutre et objective sans leur surimposer une interprétation erronée. La mort de Mufasa est en soi un phénomène naturel.

Enfin le cercle du destin lui-même. Si l’on apprend à reconnaître que le cours des choses nous est étranger, nous serons, bien qu’emporter dans le flux du destin, comme élevés au dessus de lui. Simba n’est pas la cause de la mort de son père. Il n’est pas maître du destin.

Tel est bien l’enseignement que Simba reçoit de ses deux amis philosophes. Grâce et avec eux, il se bâtit une citadelle intérieure au milieu du désert. L’image est stoïcienne : si l’altérité est hostile au moi, il peut en se recentrant sur lui même jouir même au coeur de l’adversité. Les trois ensemble, concentrés sur l’instant c’est à dire sur la seule chose qui est en leur pouvoir, connaîtra l’absence de trouble de l’âme que les Grecs appellent « bonheur ».

Un jour Nala, l’amie d’enfance de Simba, viendra lui apprendre ce qu’il est advenu du royaume des lions. Simba choisira alors d’agir comme il le doit. Telle est en effet sa place dans la destinée, ou dans le grand tout qu’est l’Histoire de la vie, et avec la même philosophie qui nous commande de ne pas lutter contre ce qui ne dépend pas de nous, il lui reviendra de l’accepter.

Source : Marianne Chaillan