L’écopsychologie : un nouveau rapport à la nature

L’écopsychologie : ce mode de pensée vu aussi comme une prise de conscience, pourrait apporter une réponse au mal être de notre société qui résonne comme un écho à la crise écologique.

Les Japonais s’adonnent avec passion au shinryoku, « la balade en forêt ». Ils ne sont pas les seuls. Diverses études scientifiques montrent qu’une virée parmi les arbres a un pouvoir déstressant. En forêt, les bienfaits de la marche (ralentissement du rythme cardiaque, abaissement de la tension artérielle et du cortisol, hormone du stress) sont plus puissants encore.

La psychologie, qui s’intéresse à l’humain dans sa singularité, mais aussi à ses interactions familiales et sociales, s’est dotée d’une nouvelle orientation au début des années 1990 : l’écopsychologie. Née en Californie, cette discipline trouve son origine dans de multiples courants : contre-culture, écologie, psychologie humaniste… Elle postule que notre bien-être psychique ne peut être séparé de l’environnement naturel dans lequel nous baignons.

« Défini par le mot grec oïkos (maison terre), psyché (l’âme humaine) et logos (le discours), l’écopsychologie veut changer le regard que nous portons sur la nature et nous conduire à ne plus la percevoir uniquement comme un stock de ressources mais aussi comme une âme » nous explique Michel Maxime Egger. Déjà le psychiatre et psychanalyste suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) faisait le constat « qu’à mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente, avec ses phénomènes. »

« Des travaux ont ainsi montré que des salariés dont la fenêtre donne sur des arbres et des fleurs estiment leur travail moins stressant que ceux qui ont une vue sur des constructions urbaines », précise Nicolas Guéguen, professeur en sciences du comportement à l’université Bretagne-Sud et auteur avec Sébastien Meineri de Pourquoi la nature nous fait du bien.

Souvent les psychothérapeutes adaptent le patient à une société déstabilisante, ils soignent les symptômes et pas la cause du mal. Les écopsychologues estiment de leur côté que notre rupture avec la Terre est la source profonde de notre malaise social.

Selon certains théoriciens américains, le besoin de se ressourcer dans la nature serait inscrit au plus profond de nous et nous permettrait de renouer inconsciemment avec des images de notre univers primitif. La psychanalyste Marie Romanens, auteure avec le psychologue Patrick Guérin de Pour une écologie intérieure (éd. Payot, 2010), insiste sur ce désir de nature qui nous reconnecte avec la part de « sauvage » qui est en nous. « Il nous renvoie aux parties les plus pulsionnelles et indomptées de notre personnalité, explique-t-elle. C’est l’élan vital qui échappe à notre contrôle… Une sorte d’énergie à l’état pur, sur laquelle il nous faut nous appuyer sans nous laisser déborder. »

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik estime, lui, que « les citadins ont besoin de débrayer en marchant dans la nature et de retrouver les traces de leur cerveau archaïque. Mais s’ils vivaient en permanence en pleine nature, ils viendraient sûrement se déstresser en ville ». Le simple fait d’avoir une vue sur la nature aurait le pouvoir de dynamiser notre mental, notamment quand on est concentré sur une tâche fatigante.

L’écopsychologie veut donc replacer l’homme à sa juste place. Car en Occident, il est vu comme au centre de tout, c’est à dire hors de la nature, voire au-dessus. « L’homme est hors-sol » résume Michel Maxime Egger. Il faut donc le re-situer (et nous re-situer) comme un élément dans ce tout cosmique dont il fait partie intégrante mais dont il n’est qu’un élément parmi d’autres.

La solution à la crise écologique se trouverait-elle autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nous ? Un lien vital, pas seulement physique mais aussi psychique, nous relie à la nature. Mais comment renouer ce lien, mis à mal par la vie moderne ? Telles sont les questions que tente de résoudre l’écopsychologie, un courant de pensée en plein essor outre-Atlantique, regroupant scientifiques, médecins, psychologues, sociologues et philosophes. Les écopsychologues constituent une mouvance – plutôt qu’une science ou une nouvelle discipline de la psychologie – qui se veut socio-critique. L’objectif de l’écopsychologie est de restaurer les liens entre l’individu et la nature.

A l’image de certaines traditions, nous sommes donc aujourd’hui invités à écouter la nature et à nous reconnecter à elle pour simplement sentir notre interdépendance. Cette démarche passe par l’intériorité car il faut aussi se mettre dans un état d’écoute et de disponibilité comparable à la prière ou la méditation afin d’avoir accès à une dimension spirituelle.

Le constat est tout simple : comme  l’homme contemporain peut vivre plusieurs semaines sans avoir aucun contact avec la nature (toucher un arbre, regarder la lune, voir un animal sauvage), il est amené à se sentir déconnecté de la Terre et à ressentir une forme de traumatisme qui se traduira par du stress, de la tension, voire des addictions. Des pistes sont donc aujourd’hui proposées comme « le travail qui relie » de Joanna Macy (née en 1929), pour retrouver cette « interdépendance avec la nature… »

quelques attitudes faciles à adopter  :

  • Etre dans la nature, que ce soit un parc, un square, un jardin urbain quand on est en ville
  • Se mettre dans une attitude de réceptivité et d’écoute (pieds nus sur la terre par exemple, en verticalité pour sentir la connexion entre la terre et le ciel)
  • Se mettre en attitude de réceptivité dans tous les sens (odeur, ouïe)
  • Oser entrer dans un nouvel imaginaire, une nouvelle vision du monde où l’être humain ne se voit plus comme extérieur : parler aux plantes, caresser les troncs d’arbres.

 

Il faut repenser l’éducation et aller au-delà de l’écologie durable, revoir la nature comme un milieu à vivre. Il s’agit de nous transformer nous-même et de tisser nous-même de nouvelles relations avec la nature : nous promener dans le même parc, revenir au même endroit, regarder les plantes changer, dire « merci » pour quelque chose. Il faut offrir à la terre ces moments de reconnexion.