Apprendre à dépasser les disputes dans la vie de couple

Apprendre à dépasser les disputes dans la vie de couple

Il y a de fortes chances que vous soyez en désaccord sur quelque chose à un moment donné. L’évitement du conflit est rarement une bonne solution. Dès lors, comment assumer la tension pour construire la paix ? 

Faut-il fuir les disputes ? Vous savez, ces prises de bec qui ruinent les dîners, ces petits règlements de compte qui effritent la relation… les sujets de discorde ne manquent pas. Parce que nous sommes de pauvres et merveilleux humains : doués d’une intelligence et d’une curiosité insatiables, d’une imagination prompte à se faire de bons comme de mauvais films, d’une volonté instable, à mi-chemin entre la girouette et le rouleau compresseur et surtout pourvus d’humeurs liées à la couleur du ciel ou à l’heure du dernier repas… Alors que faut-il faire ? Ne pas renoncer, mais apprendre l’art de la dispute, celle qui fera de nous de véritables artisans de paix.

Cependant Le temps ne résout rien. Le temps consolide ce que je fais, en bien comme en mal. C’est le principe du vice et de la vertu. Il n’y a pas de mystère : si je m’habitue à dire les petites choses la première année, je dirai les grandes la vingtième.

Voici donc des conseils efficaces pour résoudre des désaccords. Très pratique pour que deux personnes puissent entretenir une conversation féconde alors qu’elles défendent des points de vue apparemment irréconciliables. Si vous pratiquez ces attitudes, il vous sera alors possible de bien discerner et transformer une dispute en échange enrichissant.

L’OUVERTURE

Avoir une attitude ouverte, cela signifie prendre une décision sans idées préconçues. Ceci est particulièrement important lorsque vous vous disputez avec quelqu’un, car si vous ne pouvez pas écouter ce que lui ou elle dit, votre conversation sera infructueuse. Si vous entrez dans la discussion en supposant que vous connaissez d’avance la position de l’autre, vous ne l’écouterez pas et ne pourrez pas vraiment discuter de vos différences.

LA GÉNÉROSITÉ

La générosité signifie que vous devez être prêt et disposé à changer d’avis, ou du moins à comprendre l’avis de l’autre. Souvent, il est plus facile de commenter l’opinion folle que vous prêtez à l’autre, que de comprendre ce qu’il pense réellement et pourquoi il en est venu à de telles convictions.

LE COURAGE

Le courage est important parce que ce que vous discernez, par exemple le point sur lequel vous n’êtes pas d’accord, peut être l’objet d’émotions voire de réactions vives de chaque côté. Donner votre point de vue en de telles circonstances peut être mal vu. Vous devez pourtant avoir le courage de dire ce qui doit être dit.

LA LIBERTÉ INTÉRIEURE

La liberté intérieure est nécessaire au discernement. Vous ne pouvez pas être libre si vous papillonnez au lieu de répondre à l’appel de Dieu, quel qu’il soit. Dans ce cas, vous ne vous engagez jamais pleinement. D’autre part, si vous parlez tellement d’un sujet au point de ne jamais vous concentrer réellement sur ce que vous faites, vous n’êtes pas libre non plus. Lorsque vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, vous devez aller droit au but et ne pas meubler la conversation par des détours. Enfin, vous ne rendez aucun service à votre vis à vis si vous interrompez intentionnellement la conversation afin que rien d’authentique ne puisse être dit.

LA RÉFLEXION DANS LA MEDITATION

La cinquième attitude est celle de la réflexion dans la méditation – si vous n’avez pas l’habitude de réfléchir à votre vie et de méditer régulièrement, vous ne pourrez pas bien discerner. La méditation et la réflexion aident à former vos pensées et vos opinions. Elles influencent ainsi directement vos points de vue sur tout, depuis les opinions politiques jusqu’aux questions de morale dans la vie quotidienne.

L’ORDRE DANS LES PRIORITÉS

Les deux dernières attitudes sont d’avoir vos priorités dans l’ordre et de ne pas confondre les moyens avec la fin. Lorsque vous discutez de votre point de vue avec quelqu’un, il est essentiel de bien définir vos priorités et de vous assurer que vous vous disputez pour une bonne raison ou pour la bonne fin. « Ce qui importe, ce n’est pas d’avoir raison, mais de chercher le vrai. » Cette règle de sagesse, énoncée par la philosophe Jeanne Hersch en conclusion de son œuvre l’Étonnement philosophique (Gallimard), doit être l’horizon de toute controverse. Ne cherchons pas à avoir raison à tout prix, c’est le meilleur moyen de se braquer : impasse assurée ! Chercher la vérité ! Voilà pourquoi on élimine de notre vocabulaire les « toujours » et les « jamais », les « je sais ce que tu vas dire » et autres « tu ne me feras pas changer d’avis ». Cette règle simple nous rétablit dans une attitude constructive : une dispute qui cherche à faire un gagnant et un perdant laissera deux pauvres mécontents d’eux-mêmes, un coupable et une victime, seuls et exténués. En revanche, le désir partagé de vérité est déjà une victoire, il donne un horizon extérieur à la controverse, il tire vers le haut.

AVOIR LE SENS DU TIMING

Une vraie et bonne dispute se doit d’avoir un commencement et une fin. Un début qui ne se fera pas après 22h pour un couple, qui ne se fera pas non plus avant le petit-déjeuner, le déjeuner, le goûter ou le dîner avec vos enfants, bref, on n’annonce pas un « il faut qu’on se parle » à quelqu’un qui ne rêve que de manger ou d’aller se coucher. Quels efforts cela implique-t-il ? Apprendre à clore sereinement une dispute : rien de pire qu’un climat permanent de dispute larvée. Être capable de serrer la main, prendre dans ses bras, donner une accolade, de dire « allez, viens ». Donner le signe qui montre qu’on passe à autre chose. Être celui qui donnera ce signe en premier. Faire la paix.

 

NE PAS VOULOIR CHANGER L’AUTRE 

Attention, d’abord, à ne pas confondre les petits tracas du quotidien avec les comportements inadmissibles. On pourrait faire défiler à l’infini la multitude des désirs inassouvis, désirs qui se heurtent naturellement à la prodigieuse force d’inertie de l’autre, lorsqu’il se considère victime d’un harcèlement non fondé. Vouloir changer à tout prix l’autre, et ce, par tous les moyens (il en est de même avec l’adolescent qu’on veut formater), ne peut que faire naître une « résistance » chez le conjoint. En conséquence, il importe dans un premier temps d’accepter l’autre tel qu’il est. C’est peut-être paradoxal, mais on devient en effet capable d’évolution quand on est d’abord accueilli, aimé tel qu’on est. Il importe surtout que nos souhaits ne soient pas des ordres déguisés (voir un article sur le sujet ici), ce qui est trop souvent le cas, mais comme une invitation non contraignante qui signifie : « J’aimerais que tu entendes ma demande, mais je t’aimerai autant si tu ne le fais pas. Tu es libre, et si tu le fais, ce n’est pas par obligation, c’est un cadeau ». Mais, dans certaines situations, dans la belle-famille par exemple, vous pouvez être irrité par des attitudes qui ne changeront sans doute pas. Deux solutions s’offriront à vous. Soit la raison de votre agacement vous obsédera et vous finirez par être agacé de tout et tout le temps. Soit vous en faites des occasions de décentrement et vous en serez heureux.

BONUS : la bienveillance

La relation conjugale, avec celui ou celle que nous avons choisi et épousé, est, en son essence, en sa nature profonde, une relation de bienveillance entre les conjoints. Qui serait assez inconscient pour choisir une vie qui s’annonce comme une vallée de larmes ? Le manque de bienveillance ronge et tue toute relation. Que la vie de couple comporte des moments d’entente plus difficiles eu égard aux aléas de la vie n’est un secret pour personne. Nous donnons-nous vraiment les moyens de vivre, de cultiver cette disposition qui n’est pas toujours « naturelle », mais qui peut le devenir ?

Les anciens appelaient cette disposition la « bienveillance » : la bonne volonté en quelque sorte. Oui, il va être nécessaire d’orienter notre volonté vers le bien, pour le bien-être de notre couple. Et, pour cela, il s’agira de s’exercer, de mettre en place une pratique particulière. Tout d’abord en nous interrogeant : dans notre couple, quelle bienveillance avons-nous l’un envers l’autre ? Comment nous parlons-nous, nous regardons-nous, nous écoutons-nous ? Comment prenons-nous soin de notre conjoint ? Pas seulement quand il ou elle est malade, mais dans nos interactions « ordinaires ». Quelle attention ai-je à ses désirs, ses besoins, ses rêves ?

Un état des lieux sans doute un peu décapant, mais à coup sûr gagnant s’il est vécu avec humilité. Nous y gagnerons la joie et la paix. La joie d’aimer et la paix des cœurs. Voilà un sacré cadeau pour notre couple. Et sans aucun doute un cadeau sacré. « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »