L’inconscient spirituel et la quête de sens chez Viktor Frankl

L’inconscient spirituel et la quête de sens chez Viktor Frankl

Frankl, philosophe et psychiatre, rescapé juif des camps nazis, professeur de neurologie et de psychiatrie, directeur pendant 25 ans de la policlinique de Vienne et enseignant à Harvard et Stanford. Il est le fondateur d’une nouvelle approche psychologique et psychiatrique. Pour lui la quête de l’homme est avant tout celle du sens. 

La réflexion philosophique et anthropologique de Frankl l’a amené à identifier trois grandes sources de sens qu’il associe à un inconscient spirituel. Une  manière d’identifier l’existence de l’inconscient spirituel prend en considération certaines potentialités de l’existence humaine qui ne sont pas considérées comme spirituelle et sont souvent reléguées au monde des instincts ou à celui des conditionnements environnementaux. 

 

Pour Viktor Frankl, l’inconscient spirituel s’exprime en premier lieu dans la conscience morale. La conscience morale est confrontée à des situations dans lesquelles le sujet se sent obligé de réaliser des valeurs, qu’il anticipe avec intuition avant de se réaliser. Il en a une compréhension morale, mais pas une pleine conscience, qui ne sera présente que lorsqu’elles deviendront des valeurs vécues. La conscience désigne quelque chose d’individuel et de concret : « Elle est en mesure d’harmoniser la loi morale éternelle, conçue en général, avec les situations concrètes et particulières d’une personne déterminée ». 

 

Deuxièmement, l’amour fait partie de l’inconscient spirituel qui, comme la conscience, devine quelque chose qui n’existe pas encore, s’ouvre spécifiquement à un « pouvoir être » dans une relation d’amour avec le vivant. L’amour pointe vers une possibilité tout à fait individuelle : « il ouvre les possibilités singulières et irremplaçables de la personne que l’on aime ». Seul l’amour peut reconnaître une personne dans son unicité, en tant qu’individu absolu. Selon Frankl, lorsque le choix de l’amour est déterminé par l’image issue de l’impulsivité, on ne peut pas parler d’amour.« Tant qu’un Je sera « poussé » vers un Toi par un Ça, par quelque chose d’impersonnel et d’instinctif, il ne sera pas possible de parler d’amour. En amour, le Soi n’est pas conduit par un Ça. En amour, un je décide pour un toi ».
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À côté de tout ça, il y a un inconscient esthétique, la conscience artistique. Selon Frankl, l’intuition irrationnelle de la conscience elle-même se présente à l’artiste comme une inspiration, qui à son tour est profondément enracinée dans une sphère de spiritualité inconsciente. En tant que tel, une conscience excessive pourrait interférer de manière significative avec la production artistique, qui vient « de l’inconscient ». En effet, Frankl affirme : « Il n’est pas rare que l’auto-observation forcée, la volonté de faire consciemment ce qui devrait être fait par elle-même dans une profondeur inconsciente, constitue un handicap pour l’artiste qui crée ». 

En cas d’auto-observation et de réflexion excessives, Frankl propose une thérapie qui vise à une dé-réflexion, « restaurer la confiance du patient dans l’inconscient ». Il en déduit une observation importante aux fins de la psychothérapie. La conscience de soi n’est plus le but ultime de la psychothérapie. Le psychothérapeute ne doit éveiller la conscience de soi que temporairement, laissant à nouveau place à l’inconscient : « le psychothérapeute doit convertir les potentiels inconscients en un acte conscient, mais uniquement afin de rétablir une habitude avec l’inconscient ». Autrement dit, le but de la psychothérapie est fondamentalement de restaurer la spontanéité des opérations inconscientes.

 

Pour l’être humain, le caractère sensé de l’existence passe aussi par l’affirmation et la concrétisation d’un certain nombre de valeurs :

 

”les valeurs d’expérience”. Celles-ci ouvrent sur les différents vécus de la beauté, de l’amour et de la fréquentation de la nature, végétale ou animale.

Les valeurs d’expériences représentent ce que le sujet peut « prendre du monde ». Elle sert à entretenir un rapport avec la nature, la beauté, l’autre … 

 

“Les valeurs de créativité”, donnent accès aux différentes formes de l’engagement, relativement à un travail bien fait, à une œuvre artistique (plastique, poétique, etc.), à l’accomplissement d’un devoir, à l’exercice d’une responsabilité.

Les valeurs de créativité, elle, constituent ce qu’il « apporte au monde ». Elle sert à être dans l’action : (s’investir dans un travail, une œuvre, une cause) 

 

”les valeurs d’attitude” ont pour particularité de se traduire par les différentes postures spirituelles qu’une personne est susceptible d’adopter face à la souffrance quelle qu’elle soit (maladie, deuil, prémonition de la mort, etc.). Selon Frankl, les valeurs éthiques sont les plus hautes, car c’est par elles que l’existant affirme sa dignité, mais aussi sa force spirituelle.

Les valeurs d’attitude correspondent avec les attitudes qu’il est capable d’adopter pour lutter contre la souffrance. Elle sert à changer le rapport à la souffrance développée dans des situations de souffrances inévitables (par ex, affirmer des valeurs  de dignité).

 

L’objectif est donc de résoudre les problématiques associées à chaque valeur, libérer les blocages des différentes catégories d’inconscient spirituel, pour recréer du sens, notamment à partir de l’expérience et de la créativité.