Qu’est-ce qu’une personne à haut potentiel ?

Qu’est-ce qu’une personne à haut potentiel ?

Être Haut Potentiel, c’est avant tout avoir un mode de pensée et une structure de pensée différentes et c’est la raison pour laquelle l’enfant puis l’adulte HP (car on le reste toute sa vie et même au-delà puisqu’il semblerait que le phénomène se transmette) peuvent rencontrer de sérieuses difficultés d’adaptation tant durant leur scolarité que dans la société en général. Il convient néanmoins de ne pas se laisser aller à la simplification, tous les HP ne répondant pas aux mêmes traits de personnalité.

Il est donc réducteur de considérer le quotient intellectuel (QI) comme seul critère d’évaluation du HP. La question est beaucoup plus complexe et nécessite une approche beaucoup plus globale, car c’est bien une pensée en arborescence doublée d’une hypersensibilité émotionnelle que nous pouvons observer. C’est la raison pour laquelle ces spécificités peuvent représenter un atout en situation de contrôle et s’avérer être un handicap lourd de conséquences pour celui ou celle qui se laisserait dépasser.

L’individu talentueux et l’individu potentiellement talentueux

Commençons par une distinction subtile, mais très importante, entre le talent et le talent potentiel. Dans la plupart des cas, les chercheurs ont davantage étudié les sujets identifiés comme talentueux que les sujets non reconnus ou non sélectionnés comme tels en raison de performances inhabituelles. Ce que la recherche montre clairement et sans équivoque est que le talent peut être développé chez certaines personnes si une interaction adaptée a lieu entre ces personnes, leur environnement et un domaine particulier d’intérêt.

Presque toutes les capacités humaines peuvent être développées et, de ce fait, notre intention est d’attirer l’attention sur les talents potentiels aussi bien que sur ceux qui ont été étudiés, parce qu’ils avaient acquis une certaine réputation. Derrière le concept de talent potentiel, il y a l’idée que le talent émerge ou apparaît à des moments différents et dans des circonstances diverses. Sans une telle perspective, nous n’aurions aucun espoir d’identifier de brillants sous-réalisateurs, des sujets issus de milieux défavorisés ou tout autre population particulière, qui n’est pas facilement identifiée par les procédures classiques et les tests traditionnels.

Une définition selon le modèle des trois anneaux

Renzulli propose une conception en trois anneaux du haut potentiel. Les enfants doués et talentueux sont ceux qui possèdent ou sont capables de développer cet ensemble de traits et de les utiliser dans n’importe quel domaine de performance humaine ayant une valeur potentielle. Ci-dessous, la taxonomie des manifestations comportementales de chacun des groupements résume les concepts et les conclusions majeures issus du modèle des trois anneaux.

Des aptitudes bien au-dessus de la moyenne dans différents cadres : 

Aptitude générale

– Niveaux élevés de pensée abstraite, de raisonnement numérique et verbal, de relations spatiales, de mémoire et de fluidité verbale.

– Adaptation à des situations nouvelles rencontrées dans l’environnement extérieur.

– Automatisation du traitement de l’information ; récupération rapide, précise et sélective d’informations.

Aptitudes spécifiques

– Application de combinaisons variées d’aptitudes générales précédentes, à un ou plusieurs domaines spécialisés de connaissances ou de performance humaine (par exemple : les arts, le leadership, l’administration).

– Capacité d’acquérir et d’utiliser de façon appropriée d’importantes quantités de connaissances formelles et informelles, de techniques, de logistiques et de stratégies afin de résoudre des problèmes particuliers ou de s’exprimer dans des domaines de performance spécialisés.

– Capacité à trier les informations pertinentes et non pertinentes associées à un problème particulier ou à un domaine d’étude ou de performance.

L’engagement dans la tâche

– Capacité d’avoir des niveaux élevés d’intérêt, d’enthousiasme, de fascination et d’implication dans un problème particulier, un domaine d’étude ou une forme d’expression humaine.

– Capacité de persévérance, d’endurance, de détermination, de travail assidu et de pratique.

– Confiance en soi, moi fort et confiance dans ses capacités à mener à bien d’importants travaux, indépendance vis-à-vis des sentiments d’infériorité, motivation à la réalisation.

– Aptitude à identifier les problèmes significatifs de domaines spécifiques ; habileté à composer avec les principaux réseaux de communications et les nouveautés de domaines particuliers.

– Haut niveau d’exigence ; maintien d’ouverture aux critiques extérieures et à l’autocritique ; développement du goût de l’esthétique, de la qualité et de l’excellence concernant son travail et celui d’autrui.

La créativité

– Fluidité, flexibilité et originalité de la pensée.

– Ouverture aux expériences ; réceptivité à la nouveauté et aux différences (même irrationnelles) de pensée, d’actions, de ses propres productions et de celles des autres.

– Curiosité, goût pour la spéculation et l’aventure, et prédisposition mentale au jeu ; goût du risque dans la pensée et dans l’action y compris au point de manquer d’inhibition.

– Sensibilité aux détails, aux caractéristiques esthétiques des idées et des choses ; volonté d’agir et de réagir aux stimulations externes et à ses propres idées et sentiments.

Remarque : 

Comme c’est le cas pour toutes les listes de traits telles que celle-ci, il y a des chevauchements entre certains items, ainsi que des interactions intra- et inter-catégories générales et des interactions entre catégories et traits spécifiques. Il est également important de souligner qu’il n’est pas nécessaire que tous les traits soient présents chez un individu ou dans une situation donnée pour que des comportements talentueux se manifestent. C’est pour cette raison que la conception en trois anneaux du haut potentiel accorde plus d’importance à l’interaction entre les groupements plutôt qu’à un groupement particulier. C’est également pour cette raison que nous pensons que les comportements talentueux ne se manifestent que chez certaines personnes, à certains moments et dans certaines circonstances. La créativité et l’engagement dans la tâche varient en fonction des situations dans lesquelles les individus sont impliqués. Ces deux traits peuvent être développés avec un entraînement et des stimulations appropriés.

Haut Potentiel et Autisme

De nombreuses personnes à Haut Potentiel présentent des caractéristiques relationnelles et comportementales évoquant l’autisme. Certaines personnes avec autisme ont aussi un quotient intellectuel très élevé, ce qu’on appelle syndrôme d’Asperger. Cette catégorisation des autistes tend cependant aujourd’hui à être abandonnée, tant il existe de variations dans les symptômes. On parle donc plus volontiers aujourd’hui de troubles du spectre autistique. Les autistes à haut QI connaissent la même hypersensibilité perceptuelle et émotionnelle que les personnes HPI. De nombreuses caractéristiques sont communes, avec souvent une prégnance plus forte chez les personnes avec autisme, ce qui peut donner l’impression d’une continuité entre Haut Potentiel et Autisme.

L’hyperlogique des personnes avec autisme est très prégnante. Joseph Schovanec raconte que la blague la plus courante à propos des autistes est la suivante : dans un train, un contrôleur demande à un passager s’il peut voir son billet, et le passager (autiste) répond que non puisque le billet est dans sa poche.

Cette logique contraignante les empêche de comprendre et d’accepter comme prioritaire la dimension implicite des relations humaines et des règles sociales. Par exemple, une personne avec autisme ne peut pas ne pas dire ce qu’elle sait être vrai ou juste, même si certaines règles sociales font qu’elle devrait s’abstenir. Par exemple, un enfant autiste à haut QI peut rectifier une erreur du maître en pleine classe, ou un adulte contredire son supérieur hiérarchique. La cohérence du monde est une nécessité pour la personne avec autisme, les paradoxes et les approximations la rendent anxieuse.

Chez certaines personnes HPI, on observe, comme chez les personnes avec autisme, des rituels et un attachement à des routines qui s’enchaînent comme un enchaînement logique matérialisé dans la réalité. Certains jeux de logique (rubik’s cube, sudoku, puzzles par exemple) peuvent faire office de rituel logique. L’accomplissement de ces rituels joue un rôle essentiel dans le contrôle de l’anxiété, sans pour autant être assimilable à un trouble obsessionnel car on ne retrouve pas l’existence de pensées anxieuses envahissantes à propos du rituel lui-même qui apaise l’anxiété au lieu de la masquer.

Les personnes avec autisme ont une grande difficulté à lire le langage corporel des non-autistes et identifier les émotions et intentions des autres. Les modalités corporelles des processus de contact sont très différentes. Vincent Elouard, lui-même autiste Asperger, décrit dans son livre son incompréhension d’enfant des exigences de ses parents qui lui demandent de les regarder quand ils lui parlent, de façon à s’assurer de son attention. Or il ne peut être attentif à ce qu’on lui dit que s’il ne regarde pas la personne qui parle. S’il la regarde, il est entièrement capté par les multiples informations sensorielles perçues par ses yeux et il ne peut plus écouter ce qu’on lui dit.

Chez les personnes HPI, on observe très fréquemment, des difficultés dans la communication non-verbale. Par exemple, lorsqu’une personne s’approche d’un petit groupe, un accordage préalable, non-verbal, permet à la personne qui approche de percevoir si le contact qu’elle propose est ou non accepté. S’agissant d’une personne HPI, cet accordage ne se fait parfois pas ou mal, comme si les personnes en présence ne parlaient pas le même langage corporel. La personne ne sait pas si elle peut entrer en contact, et le petit groupe ne comprend pas ce que veut cette personne. D’où des incompréhensions et des entrées en contact qui peuvent paraître brutales, maladroites, hésitantes.

Certaines personnes HPI, pourtant bien intégrées dans un groupe, peuvent ainsi se trouver isolées et démunies pendant des moments de rencontres informelles sans parvenir à rejoindre un petit groupe de discussion.

Pour une personne avec autisme, l’implicite des relations ne peut être perçu que s’il obéit à une logique claire. L’humour qui repose sur une mise en tension de l’explicite et de l’implicite (amplification du paradoxe, ironie basée sur une mauvaise interprétation volontaire de l’implicite, sarcasme) leur est totalement étranger et incompréhensible.

La personne avec autisme ne peut pas apprendre de façon implicite les règles sociales. Elle ne peut apprendre que ce qui lui est formulé et précisé dans les moindres détails (c’est-à-dire en envisageant toutes les situations possibles) et qui constitue un tout cohérent et logique. D’où une maladresse fréquente dans les processus de contact et une période d’apprentissage longue et fastidieuse, ponctuée d’échecs et d’incompréhensions qui sont autant d’atteintes narcissiques.

Pour les personnes HPI, les règles qui régissent les relations sociales ou amicales, sont en général perçues, mais pas pour autant respectées dans la mesure où il peut leur être très difficile d’appliquer une règle avec laquelle ils sont en désaccord ou qui leur semble arbitraire ou injuste. Par exemple beaucoup d’entre elles s’habillent de façon décalée par rapport aux codes vestimentaires de leur milieu ou de leur âge, ou adoptent des modes de vie qui leur sont spécifiques.

Sur le plan des relations d’intimité (relations amoureuses et conjugales), les traits autistiques d’une personne HPI peuvent être un obstacle à la construction de la relation : insuffisance des contacts physiques, apparente indifférence à l’autre dans des moments où le contact est recherché par le partenaire, difficulté à exprimer son ressenti ou à s’ouvrir à l’autre, manque d’empathie. Ces difficultés peuvent être surmontées en développant la compréhension et la tolérance réciproque. La souffrance liée à l’hypersensibilité peut créer un réflexe de méfiance par rapport à certains contacts vite perçus comme intrusifs.

L’adulte HPI en psychothérapie :

Les motifs initiaux de consultation ne diffèrent pas de ceux des autres consultants. Les particularités du travail avec ces personnes vont se révéler en cours de travail, tant au niveau des éléments apportés par le consultant que de la méthode de travail. La question du diagnostic de Haut Potentiel et l’intégration de cette donnée identitaire dans les représentations de soi seront au cœur du travail.

Les événements traumatiques habituellement évoqués par les consultants (mésententes familiales, violences, divorce, climat familial incestuel, déficiences parentales) sont présents mais semblent avoir eu un impact plus important qui peut donner l’impression d’une disproportion et peut faire douter le praticien de ses repères. L’enfant HPI perçoit et mémorise une grande quantité d’informations souvent émotionnellement perturbantes, y compris des éléments qui ne le concernent pas directement. L’adulte a alors besoin de regarder tous ces éléments pour effectuer un tri, une évaluation, et se construire une image cohérente de ces événements, ce qu’il ne pouvait pas faire en tant qu’enfant.

Les personnes HPI mentionnent souvent une capacité à se couper mentalement de l’environnement, une capacité à la présence-absence. Ce fonctionnement a pu être à l’origine une protection contre l’ennui ou une résistance à l’insupportable. Cette forme d’isolement s’impose dans ses relations de façon inadéquate, y compris en séance, mais régresse progressivement au fur et à mesure de la construction d’une nouvelle sécurité affective et narcissique.

Dans l’histoire personnelle de ces personnes, on retrouve fréquemment le sentiment précoce d’être différent des autres, d’être étranger parfois dans sa propre famille ou dans son groupe d’âge à l’école, de ne pas pouvoir être compris. La socialisation peut avoir été difficile en milieu scolaire, parfois dès la maternelle, avec des expériences d’isolement et parfois de rejet, de la part des autres enfants ou d’enseignants qui se sentent défiés ou menacés par l’enfant HPI. Certains enseignants dénient la réalité même du surdon. Au collège, la pression sociale de conformité au groupe est très forte et l’enfant HPI peut faire l’objet de rejets, de moqueries, ou même d’agressions physiques. Les enseignants ont aussi plus de mal à individualiser leurs méthodes de travail pour s’adapter à ce type d’élève.

Il résulte de tout cela une sécurité de base très fragile, un sentiment permanent de dévalorisation, qui pèsent sur les relations sociales et professionnelles.

La contrainte existentielle de recherche de sens est souvent vécue douloureusement à travers le sentiment, non partageable le plus souvent, de vivre dans un monde qui n’a pas de sens, une scolarité qui n’a pas de sens, où on lui demande des choses absurdes qui lui semblent ne servir à rien (faire des exercices d’application, des devoirs à la maison par exemple) tout en ne répondant pas à ses besoins. Ce sentiment de l’absurdité du monde se prolonge souvent à l’âge adulte et nourrit une forme de désespoir de pouvoir un jour « se sentir bien » et en harmonie avec le monde.

Les enfants précoces ont souvent une difficulté à se situer par rapport à l’adulte dont ils perçoivent trop tôt les limites. Le rapport à l’autorité est souvent difficile d’où parfois des difficultés professionnelles et d’intégration dans le monde du travail. Inversement, les parents peuvent manifester une difficulté à évaluer de façon juste les capacités de leur enfant, ce qui peut aboutir à un manque de protection, une responsabilisation précoce, voire une parentification. Le sentiment d’abandon de l’enfant et son angoisse sont alors masqués par un contrôle et un besoin de maîtrise qui se poursuivent à l’âge adulte.

L’activité de construction de représentations est très importante et constante. Le consultant HPI ne peut pas « juste sentir ». Et la rapidité de ses processus de pensée font que ce patient ne communique à son thérapeute que certaines des étapes d’élaboration de sa pensée ce qui peut le rendre difficile à suivre. Le consultant HPI n’est généralement pas intéressé spontanément par ce que les gestaltistes nomment le « dépliage », il s’y intéressera, comme aux autres méthodes de travail, s’il a l’impression d’en apprendre quelque chose. Son besoin de « comprendre » n’est pas un évitement de ses ressentis qui sont souvent intenses, mais répond à la nécessité de les canaliser et de leur donner sens.

Le consultant HPI est souvent émotionnellement « à fleur de peau », apportant beaucoup d’informations et d’éléments au thérapeute au risque de le submerger, acceptant difficilement une attitude directive du praticien tout en attendant beaucoup de lui. Le besoin de formuler ce qui est vécu, ressenti ou compris, avec des mots adéquats, et de se construire des représentations cohérentes de ce qui lui arrive, de son histoire, du processus même de la thérapie est un besoin fondamental.

La blessure narcissique de l’incompréhension entraîne parfois le développement d’attitudes défensives de mépris et d’arrogance, ou la conviction d’être nul et sans valeur. Cette incompréhension est celle de l’environnement, mais aussi celle de la personne elle-même qui ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas « fonctionner » comme tout le monde, être « comme les autres ». Ces blessures sont souvent à l’origine d’une forte résistance à l’idée de passer les tests de QI. Ce qui est recherché n’est pas un diagnostic psychopathologique, mais une dimension fondamentale de l’identité de la personne.

Une fois le diagnostic posé, le patient doit intégrer cette nouvelle donnée à sa représentation de lui-même et de son histoire. De nombreux souvenirs ressurgissent et sont relus en tenant compte de ce diagnostic et de tout ce qu’il implique. Le patient a alors le sentiment de se ré-approprier son histoire. Il peut prendre la responsabilité de ce qu’il est et trouver les ajustements nécessaires à son intégration sociale, sans se reprocher d’être différent, ni attendre constamment de la société qu’elle lui donne la reconnaissance et la compréhension dont il a besoin.

 

Sources :