un outil pour comprendre le fonctionnement de nos relations

un outil pour comprendre le fonctionnement de nos relations

Le schéma actantiel est un outil permettant d’analyser le fonctionnement de nos relations qui se joue dans notre histoire personnelle. 

 

Le schéma actantiel ( créé par  le linguiste et sémioticien russe Algirdas Julien Greimas en 1966) désigne toutes les forces (actants) qui influencent sur le comportement des personnages et agissent sur leurs relations et leurs action dans un récit.

Qu’est-ce qu’un actant ?

Ce concept remplace celui de personnage pour rendre compte d’un principe d’action. L’actant conjoint une fonction et une qualification : la sémiotique conçoit la structure comme un ensemble de fonctions en relation les unes avec les autres, mais précise que n’importe quel acteur ne peut pas incarner n’importe quel actant, qu’il faut qu’il se qualifie pour la fonction qu’il sera amené à agir ou à subir. L’acteur n’est pas forcé d’être une personne : il peut s’agir d’une entité collective, d’un animal, d’une chose, d’un lieu, d’un événement, d’un concept, etc.  

Pour un militant politique par exemple, son existence est en relation avec un certain nombre de concepts qui exercent une action dans sa vie concrète. En fait, il n’existe peut-être aucune situation ne mettant en relation que des personnes. Même dans un couple, on peut repérer d’autres acteurs que les deux conjoints, à commencer par la rencontre, événement fondateur du couple et de son identité. Les rites de passage, par exemple, ne tracent certes pas une voie unique devant le sujet, néanmoins le désir de ce dernier est d’emblée limité : il y a des choses qu’il peut faire et entre lesquelles il devra choisir, d’autres qu’il peut ne pas faire (ce qui inclut la possibilité de quitter sa communauté) ; il y a, par ailleurs, des choses qu’il ne peut pas faire, qu’elles soient impossibles (devoir-ne-pas-être) ou interdites (devoir-ne-pas-faire), et d’autres qu’il ne peut pas ne pas faire, qu’elles soient nécessaires (devoir-être), par exemple à sa survie, ou prescrites (devoir-faire).

 

Présentation du schéma actantiel :

Explication des personnages et étapes du schéma actantiel :

  • Le destinateur : C’est le personnage qui donne une mission ou une quête au sujet. Le destinateur peut être un personnage, une chose, une force psychologique, une idée ou tout autre objet pouvant induire le sujet à réaliser une quête.
  • L’objet : C’est l’objet de la quête, la raison pour laquelle le sujet va réaliser différentes missions. L’objet peut être un objet réel ou d’abstrait (trésor, amour, etc.).
  • Le sujet : Il s’agit du sujet qui doit accomplir la quête confiée par le destinateur. En général, il s’agit du personnage principal de l’histoire.
  • La quête : La quête a été confiée par le destinateur pour obtenir un objet et/ou une récompense. La quête regroupe toutes les actions qui auront lieu.
  • Les adjuvants : Ils aident le sujet à accomplir sa quête. Ce sont souvent les personnages secondaires, mais cela peut être un objet, etc. aidant le sujet.
  • Les opposants : Les opposants viennent nuire à la réalisation de la quête du sujet. Il s’agit en général de personnages secondaires ou de freins physiques (un arbre tombé, etc.) à l’action.
  • Les destinataires : Il s’agit des personnages qui obtiennent un bénéfice à la fin de la quête. Ce ou ces personnages peuvent inclurent le sujet, le destinataire et les adjuvants du conte comme des personnages extérieurs.

Dans sa version originaire, le schéma actantiel met en relation six actants opposés deux par deux sur trois axes : le pouvoir, le savoir et le vouloir.

L’axe du pouvoir oppose le sujet et l’objet.

On peut l’entendre, de façon très freudienne, comme une poussée qui s’appuie sur le sujet et vise l’objet susceptible de satisfaire une de ses pulsions. Pour A. Greimas, cependant, l’objet n’est pas seulement ni même principalement pourvoyeur de satisfaction libidinale, mais encore d’identité, de savoir, de changement, de profits divers pour le sujet ainsi que pour la communauté qu’il quitte en quête de cet objet.

 

L’axe du savoir oppose le destinateur, celui qui sait, au destinataire, celui qui ne sait pas.

En soi, cet axe confirme qu’il y a d’autres enjeux dans une quête que la satisfaction pulsionnelle. Le savoir peut modaliser à la fois, un savoir-faire ou un savoir-ne-pas-faire, un savoir-être ou un savoir-ne-pas-être (une capacité de paraître), etc. Le savoir-ne-pas-faire, par exemple, est aux antipodes de la satisfaction pulsionnelle. (La bonne conduite dans un cadre précis est une somme de savoir faire et savoir ne pas faire par exemple.)

Le destinateur est aussi, par définition, un manipulateur et un juge : il manipule le sujet pour l’amener à accepter la quête et à l’issue de celle-ci, il sanctionne le sujet positivement ou négativement suivant qu’il ait ou non tenu les promesses qui l’ont qualifié. J’aimerais souligner deux points. Premièrement, dans un modèle comme celui-ci, la notion de manipulation n’est absolument pas connotée et l’emprise est implicite tant elle va de soi. Deuxièmement, le destinateur, comme n’importe quel actant, n’est pas forcé d’être une personne. Par exemple, ce que L. Althusser appelait un « processus sans sujet » est en réalité un processus dont le sujet n’est pas une personne mais, par exemple, une norme.

L’événement traumatique, autre exemple, peut se comprendre comme une catégorie particulière de destinateur qui force le sujet à réinterroger le sens de sa vie : l’abréaction (la réduction de la tension émotive lorsque l’affect et la verbalisation du souvenir créé du sens à ce qui s’est passé.) du traumatisme en est la sanction positive ; le « syndrome de stress post-traumatique », la sanction négative.

 

L’axe du vouloir, quant à lui, oppose l’adjuvant et l’opposant : le premier veut que la quête aboutisse, le second ne le veut pas.

Ce vouloir, parce que les actants ne sont décidément pas forcés d’être des personnes, ne s’identifie ni au désir ni à la volonté. Si je dis, par exemple, que je ne pourrai pas voir ma bien-aimée parce que la voiture ne veut pas démarrer, je ne soupçonne pas ma voiture de sabotage. Là aussi, il y va du sens de la vie, car un élément a priori négatif peut se transformer en opportunité et un élément a priori positif peut devenir un opposant s’il est mal interprété. (Voir ce conte sur ce sujet)

 

En conclusion, ce schéma actentiel narratif permet de décortiquer autant les histoires afin de déterminer le rôle que chaque personnage à jouer dans un conte ou un récit, que les relations qui nous construisent avec les autres et dans le cadre social qui est le nôtre. C’est donc au travers de l’analyse de ses relations la question du sens qui est posé pour construire une histoire qui puisse nous soutenir dans notre existence.

 

En complément un article sur l’approche narrative :