Le loup de Sharmardir : Conte psychologique

Dans le village de Sharmardir, résidaient des gens fiers, pour ne pas dire orgueilleux. Leur village était propre ; les rues, balayées ; les maisons, fraîchement blanchies à la chaux ; les tuiles orange des toits, bien lavées ; les vieillards, heureux ; les enfants disciplinés ; les parents travailleurs. Perchés sur le flanc de leur montagne, les gens de Sharmardir jetaient un regard méprisant sur les villages de la plaine. Ils considéraient « les gens d’en bas » comme malpropre et peu fréquentables.

Or, voici qu’à la faveur de la nuit, une ombre se glissa dans Sharmardir et dévora deux villageois. La consternation s’empara de la population. Deux jeunes braves s’offrirent pour aller tuer le monstre. Armés de leur épée, ils l’attendirent de pied ferme. Mais au matin, on retrouva leurs corps déchiquetés.

La panique fut totale. On apprit qu’il s’agissait d’un loup qui la nuit, venait rôder dans les rues. Pour s’en débarrasser, le conseil du village décida de faire appel à un sage reconnu pour son pouvoir de parler aux animaux. Une délégation partit donc rencontrer ce sage pour l’implorer de venir chasser à tout jamais le loup de son paisible village. Sur le chemin du retour, le sage quitta les délégués de Sharmardir à un croisement et s’engagea dans la forêt avec pour objectif de parler au loup malfaisant.

Le lendemain matin, tous les villageois s’étaient rassemblés sur la place publique et s’inquiétaient du retard du sage. En le voyant sortir enfin de la forêt, ils se mirent à crier de joie. A pas lents, le sage se fraya un chemin jusqu’à la fontaine, puis, montant sur la statue, il apostropha son auditoire : « Gens de Sharmardir, vous devez nourrir votre loup ! » Sans autre commentaire, il descendit de la fontaine et partit.

Au début, la population prirent très mal la chose. Ils se fâchèrent contre le sage. Leur peur du loup fit place à la déception et à la colère contre ce sage inutile. Mais, se ravisant, ils chargèrent un villageois de déposer, ce soir-là, un gigot d’agneau à sa porte. Et ils firent de même tous les autres soirs.

Depuis lors, personne à Sharmardir  ne mourut sous la dent du loup. La vie reprit son cours normal. Par ailleurs, cette épreuve assagit les gens du village. Ils cessèrent d’afficher une attitude arrogante et méprisante envers les habitants des autres villages de la plaine. La présence d’un loup dans leur beau village les avait rendus plus humbles.

 

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