Beaucoup de personnes viennent en psychothérapie avec une impression étrange :
celle de ne pas toujours se reconnaître elles-mêmes.
Par exemple, il peut arriver de penser :
- « Une partie de moi veut avancer, mais une autre me bloque. »
- « Je sais que je devrais faire autrement, mais je n’y arrive pas. »
- « Par moments je suis confiant, et à d’autres je me sens complètement vulnérable. »
Ces expériences sont très fréquentes. Elles ne signifient pas que quelque chose ne va pas chez vous. Au contraire, elles révèlent souvent une réalité fondamentale du fonctionnement humain : nous sommes faits de plusieurs facettes, plusieurs parts de nous-mêmes.

Nous ne sommes pas une seule personne intérieure L’Ego State Therapy, comme le modèle IFS (Internal Family Systems) considère que la personnalité est composée de plusieurs états du moi relativement autonomes. Selon ces approches, notre psychisme fonctionne comme une famille intérieure composée de différentes parts.
Dans la vie quotidienne, chacun peut remarquer qu’il ne se comporte pas toujours de la même manière.
Nous pouvons être :
- sérieux et concentré au travail
- protecteur avec nos enfants
- sensible avec une personne proche
- combatif dans certaines situations
- hésitant ou inquiet dans d’autres
Ces différentes façons d’être ne sont pas des contradictions. Elles font simplement partie de la richesse de notre personnalité.
Le psychologue William James, dès la fin du XIXᵉ siècle, expliquait déjà que chacun de nous possède plusieurs « soi » qui apparaissent selon les situations. La psychologie moderne confirme largement cette idée.
Les différentes parts de nous-mêmes
On peut imaginer que notre monde intérieur ressemble un peu à un petit groupe de personnages qui coexistent en nous.
Par exemple :
- une part protectrice qui cherche à éviter les dangers
- une part critique qui veut que tout soit parfait
- une part vulnérable qui porte des blessures ou des peurs
- une part créative ou spontanée
- une part adaptée qui essaie de répondre aux attentes des autres
Chaque part a sa manière de penser, de ressentir et de réagir. La plupart du temps, ces parts coopèrent assez bien entre elles. Mais il arrive aussi qu’elles entrent en conflit.
Quand les parts se mettent en tension
Certaines difficultés psychologiques viennent justement de ces tensions internes.
Par exemple :
- une part de vous veut prendre des risques, mais une autre veut rester en sécurité
- une part veut être reconnue, mais une autre a peur du jugement
- une part veut se reposer, mais une autre exige toujours plus de performance
Ces conflits peuvent créer :
- de l’anxiété
- de la fatigue psychique
- un sentiment de blocage
- l’impression de « tourner en rond »
La psychothérapie permet souvent de mieux comprendre ces tensions.
Même les comportements difficiles ont souvent une fonction
En psychothérapie, on considère rarement un comportement comme un simple défaut. Très souvent, un comportement est une tentative de protection.
Par exemple :
- le perfectionnisme peut être une manière d’éviter les critiques
- l’évitement peut être une manière de se protéger d’une peur trop intense
- la colère peut être une tentative de défendre une blessure plus profonde
Même si ces stratégies peuvent parfois devenir problématiques, elles ont souvent commencé comme une manière de faire face à une situation difficile.
Certaines parts protègent des blessures anciennes
Certaines approches thérapeutiques, comme l’IFS (Internal Family Systems), expliquent que certaines parts se sont développées pour protéger des expériences douloureuses.
L’IFS se distingue par sa vision non pathologisante des symptômes : ce ne sont pas des dysfonctionnements à corriger, mais des appels à l’écoute. Elle considère que chaque personne a en elle les ressources nécessaires à sa guérison, à condition de retrouver l’accès à son Soi. Par ailleurs, l’IFS s’inscrit dans une approche intégrative, en résonance avec des traditions anciennes (parts de l’âme dans le chamanisme, figures archétypales en psychanalyse jungienne) et des approches contemporaines (pleine conscience, théorie polyvagale, psychologie énergétique).
On distingue souvent :
Les parts blessées
Elles portent des émotions difficiles comme la peur, la honte ou la tristesse.
Ces parts apparaissent souvent lorsque des expériences anciennes n’ont pas pu être pleinement digérées.
Les parts protectrices
Elles essaient d’éviter que ces émotions ne reviennent trop fortement. Elles peuvent se manifester par :
- le contrôle
- le perfectionnisme
- l’anticipation
- la critique intérieure
Les parts réactives
Parfois, certaines parts interviennent de façon impulsive pour faire baisser une tension émotionnelle trop forte (par exemple par l’évitement ou certains comportements compulsifs).
L’idée importante est la suivante : même les parts qui nous posent problème essaient souvent de nous protéger.
Accepter la complexité de soi
Nous vivons dans une société qui valorise souvent la cohérence et la maîtrise de soi. Mais la réalité humaine est plus nuancée.
Il est normal d’avoir :
- des contradictions
- des hésitations
- des parties fortes et d’autres plus fragiles
La psychothérapie peut alors devenir un lieu où toutes ces facettes peuvent être reconnues et mises en mots.
Petit à petit, la personne peut retrouver une sensation plus profonde de liberté intérieure. Non pas parce que toutes les tensions disparaissent, mais parce qu’il devient possible d’habiter sa propre complexité sans s’y perdre.
La thérapie comme espace de dialogue intérieur
Dans ce type d’approche, le travail thérapeutique ne consiste pas à « éliminer » certaines parts.
Il consiste plutôt à :
- reconnaître leur existence
- comprendre leur rôle
- écouter ce qu’elles cherchent à protéger
- permettre un dialogue entre elles
Peu à peu, les tensions internes peuvent s’apaiser. Certaines parts n’ont alors plus besoin d’être aussi rigides ou défensives.
Retrouver un espace intérieur plus calme
Beaucoup de personnes découvrent, au cours du travail thérapeutique, qu’il existe en elles un espace intérieur capable d’observer les différentes parts avec plus de recul.
Cet espace est souvent associé à des qualités comme :
- le calme
- la curiosité
- la compassion envers soi-même
- la clarté
- la confiance
Lorsque cet espace intérieur se développe, il devient plus facile d’écouter ses différentes facettes sans se sentir envahi par elles.
Conclusion : Réconcilier les voix du dedans
Dans un monde où l’on exige souvent de « rester fidèle à soi-même », IFS et l’Ego State Therapy nous rappellent que le soi est une chorale, non une voix unique. Accompagner quelqu’un à rencontrer ses parts blessées, protectrices, honteuses ou flamboyantes, c’est lui offrir une seconde naissance : celle où l’on cesse d’être prisonnier de ses rôles pour devenir l’hôte attentif de ses mondes intérieurs.
Et si, au lieu de nous efforcer d’être cohérents, nous apprenions à être accordés ?
Non pas un moi figé, mais une symphonie en devenir.
Car en chacun sommeille un orchestre, attendant son chef compatissant.
Une vidéo complémentaire qui parle de ces visions :
