Les croyances ne sont pas de simples opinions. Ce sont des lentilles à travers lesquelles nous voyons le monde, des cartes mentales qui nous aident à naviguer dans l’existence. Certaines nous soutiennent (« Je suis capable d’avancer »), d’autres nous enferment (« Je ne mérite pas d’être heureux »). Mais d’où viennent-elles ? Et surtout… peut-on les faire évoluer ?
Croire, c’est bien plus que « penser que »
Quand on dit « Je crois que… », on parle souvent d’une adhésion profonde, presque viscérale. Ce n’est pas juste une idée en l’air : c’est une confiance, un pari sur la façon dont le monde fonctionne. Comme l’écrivait le philosophe Paul Ricœur, croire, c’est « faire comme si » comme si nos espoirs, nos peurs ou nos apprentissages pouvaient se réaliser.
- Certaines croyances sont conscientes (« Je crois en l’amitié »).
- D’autres sont implicites (« Je crois, sans me l’avouer, que je ne suis pas à la hauteur »).
- Certaines nous protègent (« Le monde est dangereux, je dois me méfier »).
- D’autres nous limitent (« Je ne changerai jamais »).
Nos croyances ne naissent pas de nulle part. Elles se construisent à travers :
✔ Notre éducation (ce qu’on nous a répété enfant).
✔ Nos expériences (ce qui nous a marqué, blessé ou rassuré).
✔ Notre culture (les récits familiaux, sociaux, médiatiques).
✔ Nos besoins (ce qui nous aide à nous sentir en sécurité ou en contrôle).
Un exemple concret : Si, enfant, on vous a souvent dit « Tu n’y arriveras jamais », vous avez peut-être intégré cette croyance sans même vous en rendre compte. Adulte, vous pourriez éviter les défis par peur de l’échec… alors que cette peur ne reflète pas votre réalité, mais une histoire qui vous a été racontée.
Nos croyances ne sont pas gravées dans le marbre
On imagine souvent que nos convictions sont fixes, comme des vérités absolues. Pourtant, les neurosciences et la psychologie montrent qu’elles sont mouvantes, comme des rivières qui creusent leur lit au fil du temps.
Pourquoi certaines croyances résistent-elles ?
Parce qu’elles nous rassurent. Elles donnent une cohérence à notre vision du monde. Quand une croyance est remise en question (ex : « Et si je n’étais pas nul ? »), cela peut créer un déséquilibre comme si le sol se dérobait sous nos pieds.
Mais alors… comment les faire évoluer ?
✅ En les observant : « Quelle croyance me limite aujourd’hui ? D’où vient-elle ? »
✅ En les testant : « Est-ce que cette idée me sert encore, ou est-ce qu’elle me freine ? »
✅ En les confrontant : « Et si je regardais les choses sous un autre angle ? »
Le piège à éviter : Vouloir « tout changer d’un coup ».
Nos croyances sont comme des habitudes mentales elles demandent du temps pour se transformer. L’important, c’est de commencer petit : remettre en question une seule idée à la fois, comme on ajusterait une lentille pour voir plus clair.
La thérapie par la fiction : quand les histoires nous aident à nous reconstruire
Et si les contes, les romans ou les films n’étaient pas juste des divertissements… mais des outils pour guérir ?
Depuis toujours, les humains racontent des histoires pour donner du sens à ce qu’ils vivent. Les mythes, les légendes, les récits familiaux… tous ces récits nous aident à comprendre qui nous sommes et ce que nous traversons.
Pourquoi la fiction peut-elle « soigner » ?
Parce qu’elle nous permet de :
🔹 Prendre du recul : En projetant nos difficultés sur un personnage, on les voit sous un autre angle.
🔹 Explorer des possibles : « Et si je réagissais différemment ? Et si cette épreuve avait un sens ? »
🔹 Retrouver de l’espoir : Les histoires nous rappellent que les fins heureuses existent… même après les tempêtes.
C’est ce que le psychanalyste Donald Winnicott appelait l’ »aire transitionnelle »** : un espace entre le réel et l’imaginaire où l’on peut jouer avec ses émotions, comme un enfant qui invente des scénarios pour apprivoiser ses peurs.
Comment ça marche en pratique ?
La thérapie par la fiction peut prendre plusieurs formes :
📖 Lire des histoires (contes, romans) et en discuter : « Quel personnage vous ressemble ? Qu’auriez-vous fait à sa place ? »
✍️ Écrire : Inventer un récit, un journal intime fictif, ou même une lettre à son « moi » du passé.
🎭 Jouer des rôles : Improviser des scènes pour explorer d’autres façons d’être.
🎨 Créer : Dessiner, composer de la musique, ou inventer des mondes imaginaires.
À qui cela s’adresse-t-il ? À tous ceux qui :
- Se sentent enfermés dans une histoire (« Je suis comme ça, je ne changerai jamais »).
- Ont du mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent.
- Cherchent à retrouver de la légèreté après une épreuve.
- Veulent reprendre le contrôle de leur récit de vie.
Attention : La fiction n’est pas une fuir la réalité, mais un pont vers elle. Le but n’est pas de s’évader, mais de mieux revenir à sa vie, avec de nouvelles clés pour avancer.
Et si vous deveniez l’auteur de votre propre histoire ?
Nos croyances et nos récits ne sont pas des destins ce sont des outils. Des outils qui peuvent nous soutenir… ou nous enchaîner, selon la façon dont nous les utilisons.
La bonne nouvelle ?
- Vous n’êtes pas obligé de croire tout ce que votre esprit vous raconte.
- Vous pouvez choisir quelles histoires vous racontent votre vie.
- Vous avez le droit de réécrire les chapitres qui ne vous conviennent plus.
Un exercice pour commencer : Prenez un moment pour vous demander : « Quelle croyance m’a aidé jusqu’ici, mais ne me sert plus aujourd’hui ? » « Si ma vie était un livre, quel titre lui donnerais-je ? Et quel titre aimerais-je lui donner ? »
Vous n’êtes pas seulement le personnage de votre histoire. Vous en êtes aussi, au moins en partie, l’auteur.
Bibliographie
- Moukheiber. Votre cerveau vous joue des tours.
- Bourdieu. Esquisse d’une théorie de la pratique.
- Ricoeur. La critique et la conviction.
- Brutin, K., L’Alchimie thérapeutique de la lecture, des larmes au lire
- Ricœur, P., Temps et récit I–III,
- Ricœur, P., Soi-même comme un autre
- White & Epston, Les moyens narratifs au service de la thérapie
- Mori, Les thérapies narratives
