Anxiété et incertitude : pourquoi le doute nous inquiète

Anxiété et incertitude : pourquoi le doute nous inquiète

 

Il arrive à tout le monde de s’inquiéter. Un examen médical, une situation professionnelle incertaine, un changement dans une relation… La vie comporte toujours une part d’inconnu.

Pour certaines personnes cependant, cette incertitude devient particulièrement difficile à supporter. Le moindre doute peut provoquer de nombreuses pensées inquiétantes, des scénarios catastrophes et une tension intérieure persistante. Les psychologues parlent alors d’intolérance à l’incertitude. Ce phénomène joue un rôle important dans ce que l’on appelle le trouble d’anxiété généralisée.

 

 

Qu’est-ce que l’intolérance à l’incertitude ?

L’incertitude fait partie de la vie. Elle désigne simplement le fait que certaines choses ne peuvent pas être totalement prévues ou contrôlées. L’intolérance à l’incertitude correspond à la difficulté à accepter qu’un événement négatif puisse éventuellement se produire, même si sa probabilité est faible.

Pour certaines personnes, cette possibilité devient difficile à supporter. Le doute déclenche alors immédiatement de nombreuses inquiétudes. On peut dire que ces personnes sont, d’une certaine manière, « allergiques au doute ».

 

Un exemple concret

Imaginons deux personnes qui doivent passer un examen médical.

Brigitte et Mireille consultent toutes les deux leur médecin pour des douleurs abdominales. Celui-ci leur propose de réaliser une échographie.

Brigitte demande des informations sur l’examen, puis elle prend rendez-vous. Les jours suivants, elle pense parfois à l’examen et ressent un peu d’inquiétude. Mais elle se dit aussi que cet examen permettra simplement de mieux comprendre l’origine de ses douleurs. Elle continue ses activités quotidiennes.

Mireille, de son côté, pose beaucoup de questions à son médecin et cherche à être rassurée. Elle voudrait être certaine qu’il ne s’agit pas d’une maladie grave.

Dans les jours qui suivent, elle imagine différents scénarios :
et si c’était un cancer ?
et si les traitements étaient très lourds ?
et si elle mourait et laissait ses enfants seuls ?

Pour tenter de se calmer, elle consulte internet, demande l’avis de ses proches et cherche constamment à être rassurée. Pourtant, malgré ces tentatives, son inquiétude reste présente et elle a de plus en plus de difficulté à dormir.

 

Deux manières différentes de réagir à l’incertitude

Dans cet exemple, la situation est la même pour les deux personnes. Ce qui change, c’est la manière de vivre l’incertitude.

Brigitte tolère mieux le doute. Elle envisage plusieurs possibilités et attend les résultats de l’examen. Mireille, au contraire, a du mal à supporter l’incertitude. Son esprit se dirige immédiatement vers le pire scénario possible. Cette réaction est fréquente chez les personnes qui souffrent d’inquiétude excessive.

 

Le piège du « et si… »

Lorsque l’incertitude devient difficile à tolérer, la pensée se met souvent à fonctionner sur le mode du « et si… ».

  • Et si j’avais une maladie grave ?
  • Et si quelque chose arrivait à mes proches ?
  • Et si je faisais un mauvais choix ?
  • Et si je n’étais pas à la hauteur ?

Ces questions donnent l’impression de réfléchir au problème. En réalité, elles alimentent surtout l’inquiétude. La personne surestime alors la probabilité que le pire arrive et imagine des conséquences très graves.

 

La recherche de certitude : un faux soulagement

Face à l’incertitude, beaucoup de personnes cherchent naturellement à se rassurer.

Elles peuvent par exemple :

  • demander régulièrement l’avis de leurs proches
  • vérifier plusieurs fois certaines informations
  • chercher des réponses sur internet
  • éviter certaines situations
  • essayer de tout contrôler

Ces stratégies peuvent soulager sur le moment.

Mais souvent, ce soulagement est de courte durée. L’inquiétude revient rapidement et il faut recommencer à chercher de nouvelles assurances. Peu à peu, cette quête de certitude entretient l’anxiété au lieu de la réduire.

 

Pourquoi la certitude totale est impossible

Une difficulté importante est que la certitude absolue n’existe presque jamais. Même lorsque nous prenons des précautions raisonnables, une part d’imprévu demeure toujours. Nous pouvons consulter un médecin régulièrement, mais cela ne garantit pas que nous n’aurons jamais de problème de santé.

Nous pouvons préparer notre avenir financier, sans pouvoir contrôler totalement l’évolution de l’économie. La vie comporte toujours une dimension d’incertitude. Chercher à éliminer complètement cette incertitude devient alors une source permanente d’inquiétude.

 

Apprendre à tolérer l’incertitude

Le travail thérapeutique consiste souvent à développer une meilleure tolérance à l’incertitude. Il ne s’agit pas d’ignorer les risques ou de devenir imprudent. Il s’agit plutôt d’apprendre à vivre avec le fait que certaines choses ne peuvent pas être totalement contrôlées.

Lorsque la tolérance à l’incertitude augmente :

  • les inquiétudes diminuent
  • les pensées catastrophiques deviennent moins envahissantes
  • l’esprit retrouve plus de calme et de souplesse

Dans une approche clinique mêlant psychanalyse et psychosociologie, ce travail peut aussi permettre d’explorer le sens que prennent ces inquiétudes dans l’histoire personnelle, les relations et les expériences de vie. Comprendre ces mécanismes aide souvent à retrouver une relation plus apaisée avec l’incertitude.

Car, paradoxalement, c’est souvent en acceptant une part d’incertitude que l’on retrouve plus de liberté intérieure.

 

Vous trouverez ici un article avec un exercice pour sortir de cette difficulté 

 

 

Source :

Geninet, P. Harvey, C. Doucet, & M. Dugas. Laboratoire des troubles anxieux, Université Concordia.