Penser la lenteur face à l’accélération constante de nos sociétés

La Slow Life est un concept apparu à la fin des années 1980  pour nous inciter à ralentir nos vies (« slow » = ralentir ; « life » = vie). Inscrite dans une mouvance contre-culturelle et alternative, la slow life répond aux besoins essentiels du bonheur, souvent oubliés dans nos sociétés rythmées par l’égalité : « rapidité = réussite ».

L’homme moderne est un homme pressé. C’est le revers du progrès. Les machines qui travaillent à notre place nous permettent d’en faire toujours plus. Résultat, nous sommes complètement débordés. Hartmut Rosa étudie l’accélération sociale, dont il décrit trois dimensions :

  • Accélération technique : déplacements et communications plus rapides (« rétrécissement de l’espace ») ;
  • Accélération des changements sociaux : changements plus rapides des habitudes et des modes (« rétrécissement du présent ») ;
  • Accélération du rythme de nos vies : impression de manque de temps permanent.

L’accélération sociale et l’accélération technique sont la conséquence logique du système de marché capitaliste concurrentiel. Le système capitaliste ne peut ni faire de pause, ni arrêter sa course pour assurer sa position puisqu’il est condamné à monter ou à descendre. Il n’y a pas de point d’équilibre puisque rester immobile équivaut à retomber en arrière : C’est le phénomène de « la pente glissante ».

Cette concurrence est aussi omniprésente dans la vie sociale où il est facile de perdre de la compétitivité dans la lutte pour les liens sociaux (enseignement, revenus, consommation, réussite des enfants, garder son conjoint et ses amis..). Pour rester dans la course, il faut se montrer gentil, beau, distrayant, intéressant…

Cette compétition peut devenir le seul but de la vie. Elle est nourrit d‘une nouvelle injonction de goûter la vie dans toutes ses dimensions, toutes ses profondeurs et sa complexité. Cela devient une aspiration centrale de l’Homme moderne et une grande source de frustration, car le monde a toujours plus à offrir que ce qui peut être vécu dans une seule vie. Les individus partagent alors ce sentiment d’être sur une pente glissante.

Dans cette accélération générale, il existe des ralentissements involontaires, l’embouteillage par exemple, mais aussi les phénomènes de chômage, et d’épuisement. La crainte d’un arrêt brutal se produisant à grande vitesse a donné naissance à des maladies culturelles : la mélancolie, l’ennui, la neurasthénie, et diverses formes de dépression.

Le concept de Slow Life s’est développé pour sortir de l’impasse du « toujours plus » stressante, malsaine, polluante… et qui conduit au burn-out.

Le bonheur réside dans l’art et la manière de vivre l’instant présent en pleine conscience, et dans le sens profond donné à cet instant. La Slow Life propose de redevenir l’acteur principal du rythme de son quotidien et de ses loisirs, selon une attitude de lâcher-prise. Un meilleur bien-être psychologique et physique, respectueux de l’environnement et bienveillant pour soi-même et les autres, voici le challenge auquel répond les préceptes de la Slow Life.

La slow life est donc un concept de vie ayant une approche fondée sur le moment présent, donnant du sens à nos activités et refusant la dictature de l’horloge qui nous pousse sans cesse à aller plus vite. C’est un mode de vie sain dans lequel le virtuel et le superflu sont abandonnés au profit de l’essentiel et de l’authentique.

Comment appliquer la Slow Life ?

Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain ! Vous ne pouvez pas, soudainement, révolutionner votre organisation et votre façon de vivre : ce serait beaucoup trop violent et générateur de stress! Tout le contraire de ce que l’on veut mettre en place ! Alors soyez patient et allez vers le changement à votre rythme.

L’étape importante consiste à se demander ce qui nous est essentiel :

  • Qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire ?
  • Quel est le plus important pour moi ?
  • Est-ce vraiment utile ?
  • Qu’est-ce qui rendrait ma vie meilleure ?

Plutôt que de s’imposer une To Do List surchargée, l’idée est de s’écouter, prendre du temps pour soi et se concentrer sur une seule chose à la fois.

vivre plus lentement

La slow life encourage à ralentir la cadence parfois trop élevée de nos quotidiens pour s’autoriser une certaine lenteur, une non-performance, afin de pouvoir profiter de ces instants sans les surcharger d’activités. Se réserver des moments où on ne prévoit rien et où on ne planifie rien, pour pourquoi pas se relier à la nature ? Faire une seule chose à la fois et s’y consacrer pleinement. Il est important de solliciter de plus en plus le bouton « off » des appareils connectés et autres sollicitations technologiques. Déconnectez vous quelques minutes voire quelques heures par jour de vos appareils électroniques. Ce temps peut être utilisé à bien meilleur escient. Ne vous laissez pas envahir par un sentiment de culpabilité lorsque que vous n’êtes pas occupé à une tâche dite « utile » ou « productive ». Au contraire, ralentir sa vie permet d’avoir les idées plus claires, et d’avancer plus efficacement dans la réalisation de ses objectifs.

Transformer ses habitudes pour ralentir son rythme de vie ne doit pas être source de stress, mais bien tout le contraire ! C’est pourquoi, il n’existe aucune recette miraculeuse pour appliquer les principe de la Slow Life à son quotidien. Chacun à sa manière peut s’adapter à un rythme plus lent, et non s’imposer des idées toutes faites. D’abord observer son environnement et ses habitudes permet de mettre en place des raccourcis simples. Puis être honnête avec soi-même sur ses besoins, envies et ambitions, pour y répondre sans s’éparpiller, nous recentre sur l’essentiel, et donc sur ce qui nous rend le plus heureux.