L’hypnose en psychothérapie

L’hypnose en psychothérapie

Il arrive que les mots tournent en rond. On comprend, on analyse, parfois même très finement, et pourtant quelque chose reste inchangé. Comme si une part de nous ne parlait pas la langue de l’explication, comme si elle attendait un autre langage pour se dire. C’est souvent à cet endroit que l’hypnose thérapeutique peut ouvrir un passage. Dans ma pratique, je la considère moins comme une technique isolée que comme une porte parmi d’autres, celle qui permet d’entrer en relation avec ce qui, en nous, se dit autrement que par le raisonnement.

 

 

L’état hypnotique, une expérience déjà familière

L’état hypnotique n’est pas un état étrange. Il est déjà là, dans notre quotidien.

Lorsque vous êtes absorbé par un livre, lorsque votre esprit vagabonde en regardant le paysage, lorsque vous conduisez sans vraiment penser à chaque geste, quelque chose de votre attention s’est déplacé. Milton Erickson a montré que ces états naturels peuvent devenir des leviers thérapeutiques, non pas en imposant, mais en accompagnant ce mouvement (Erickson, Rossi, Hypnothérapie).

Dans cet espace, le contrôle volontaire se relâche légèrement. Et d’autres formes d’expérience deviennent accessibles, celles-là mêmes que la thérapie des schémas cherche à rejoindre lorsqu’elle propose un travail expérientiel, au-delà du simple repérage cognitif des schémas précoces inadaptés (Young, Klosko, Weishaar, La thérapie des schémas).

 

L’imaginal, un langage du psychisme

Pour comprendre ce qui se joue en hypnose, la notion d’imaginal apporte un éclairage précieux. L’imaginal ne renvoie pas à un imaginaire « irréel ». Il désigne un espace où les images ont une consistance psychique, où elles portent une expérience vécue. Henry Corbin parlait d’un monde intermédiaire, entre perception et pensée.

Dans cet espace, le psychisme ne raisonne pas, il se figure. Un corps enfermé dans une armure. Une pièce sans fenêtre. Un chemin qui se perd. Ces images ne sont pas à décoder comme un langage figé. Elles sont à rencontrer, à laisser évoluer, un peu à la manière dont un conte populaire ne s’explique pas mais se raconte et se transforme à chaque écoute. Henri Gougaud disait que les contes sont « des outils pour vivre », non des messages à décrypter mais des présences à accueillir. L’imaginal hypnotique procède du même esprit, il ne délivre pas un sens tout fait, il ouvre un chemin que chacun parcourt à sa manière.

 

Une vignette clinique, quand l’image devient expérience

Une personne consulte pour une anxiété persistante. Elle dit, « je suis tendue tout le temps, sans raison claire ».

Dans ce cas dans un travail hypno thérapeutique nous n’interprétons pas. Nous restons au plus près de l’expérience, dans cette attitude que l’IFS nomme le Self, cette qualité de présence curieuse et sans jugement qui permet à une part exilée de se montrer sans crainte d’être jugée ou chassée. Peu à peu, la personne entre en relation avec cette présence. Elle ressent sa peur, sa solitude. Spontanément, elle imagine s’en approcher, puis modifier l’environnement, apporter un peu de chaleur, de sécurité. L’image évolue.

Dans les jours qui suivent, la personne ne dit pas seulement « je vais mieux ». Elle décrit un changement plus subtil, elle se sent moins en lutte contre elle-même. Ce type de travail ne relève pas d’une explication. Il s’agit d’une transformation vécue, incarnée, qui rejoint ce que la psychosynthèse appelle un acte de volonté juste, non pas une volonté qui force, mais une volonté qui accompagne ce qui veut advenir.

 

Quand l’imaginal ne vient pas tout de suite

Dans les récits autour de l’hypnose, tout semble parfois fluide, presque évident. La réalité clinique est plus nuancée, et c’est aussi ce qui en fait la richesse.

Certaines personnes n’accèdent pas facilement aux images. D’autres décrivent plutôt du vide, ou des sensations diffuses. Parfois encore, les images restent figées, comme si rien ne pouvait bouger. Il arrive aussi que la personne ait l’impression que « cela ne fonctionne pas ». Ces situations ne sont pas des échecs. Elles sont des informations précieuses.

Un imaginal difficile d’accès peut témoigner d’une protection, d’un besoin de sécurité, ou d’une habitude à rester dans le contrôle. Un vide peut être une expérience en soi, parfois liée à une forme de fatigue, de coupure ou de saturation, ce que Miguel Benasayag décrirait peut-être comme une fatigue existentielle propre à une époque qui presse les individus de produire du sens en continu (Benasayag, Fonctionner ou exister ?). Une image figée peut refléter quelque chose qui, intérieurement, n’a pas encore trouvé les conditions pour se transformer. Dans une approche inspirée de la psychosynthèse et de l’IFS, ces résistances ne sont pas des obstacles à contourner, mais des parts à rencontrer. Une part protectrice qui bloque l’accès à l’image rend peut-être un service ancien, elle mérite d’être reconnue avant d’être invitée, doucement, à se détendre.

Le travail thérapeutique consiste alors à ajuster, ralentir, parfois rester simplement au niveau des sensations, ou construire progressivement un espace suffisamment sécurisant pour que quelque chose puisse émerger. L’hypnose ne force pas l’expérience. Elle apprend à l’écouter.

 

Une rencontre avec les différentes parts de soi

Dans une perspective proche de la psychosynthèse (Assagioli) et de l’IFS (Schwartz), l’hypnose devient un lieu de dialogue intérieur.

Certaines parts portent des blessures anciennes. D’autres protègent, parfois de manière rigide, souvent depuis l’enfance, lorsque des besoins fondamentaux n’ont pas trouvé de réponse suffisante, ce que la thérapie des schémas nomme des besoins affectifs fondamentaux non satisfaits. D’autres encore aspirent à se déployer, cette part de nous qui cherche à s’accomplir au-delà des blessures. L’hypnose permet d’approcher ces parts sans les brusquer. Non pas pour les faire disparaître, mais pour entrer en relation avec elles, un peu comme on s’assiérait auprès d’un enfant apeuré, sans lui demander de se taire, mais en lui offrant une présence. Et souvent, cette relation transforme déjà quelque chose.

 

Un soin qui s’inscrit dans une époque

Nos souffrances ne sont pas seulement individuelles. Elles prennent place dans un tissu social, dans une manière collective d’habiter le temps et la relation à l’autre. Dans une société marquée par l’accélération et la performance, comme l’a montré Byung-Chul Han (La société de la fatigue), beaucoup arrivent avec l’idée qu’il faudrait aller mieux vite, presque sur commande, comme on répare un objet défectueux. Raphaël Liogier parle d’un individu sommé de s’auto-réaliser en permanence, pris dans un culte de la performance de soi qui épuise autant qu’il promet l’épanouissement (Liogier, Le mythe de l’authenticité).

L’hypnose introduit un autre rapport au temps. Un temps qui ne cherche pas à produire. Un temps où l’on se rend disponible. Ce déplacement est déjà une forme de soin. Il réouvre un espace où quelque chose de plus vivant peut apparaître, loin de l’injonction à la rapidité, dans une temporalité plus proche de celle du vivant que de celle de la machine.

 

Mettre des mots après l’expérience

L’hypnose ne remplace pas la parole.

Elle la prépare, ou la prolonge. Après l’expérience, vient souvent le temps de dire, de relier, de comprendre autrement, ce qui rejoint l’approche narrative, où il ne s’agit pas seulement de vivre une expérience mais de la réinscrire dans le récit de sa propre vie, d’en faire une histoire qui ait du sens et qui ouvre des possibles plutôt que de rester prisonnière d’une histoire figée (Michael White, David Epston, Les moyens narratifs au service de la thérapie). Ce va-et-vient entre imaginal et langage permet à ce qui a été vécu de s’inscrire dans la continuité de la vie.

 

Comment fonctionne l’hypnose en psychothérapie ?

D’un point de vue pratique

Une séance commence par un temps d’échange, pour comprendre ce qui vous amène et ajuster la manière de travailler. Le thérapeute propose ensuite une entrée progressive dans un état d’attention modifié, souvent à partir du corps, de la respiration ou d’images simples.

Vous restez conscient, libre de parler, de bouger, d’interrompre. Le travail se fait ensuite à partir de ce qui émerge, images, sensations, émotions. Le thérapeute accompagne, propose, soutient, sans imposer. Puis vient un temps de retour, suivi d’un échange pour mettre des mots sur l’expérience. Chaque séance est différente. Elle s’adapte à votre rythme.

D’un point de vue théorique

L’hypnose agit à plusieurs niveaux. Elle permet de sortir des schémas habituels de pensée. Elle favorise l’expression symbolique, à travers l’imaginal. Elle facilite le dialogue entre différentes parts de soi, dans une logique proche de l’IFS ou de la psychosynthèse. Elle repose aussi sur une relation thérapeutique ajustée, vivante, qui soutient le processus. Autrement dit, l’hypnose ne provoque pas un changement de l’extérieur. Elle crée un espace dans lequel un changement peut émerger de l’intérieur.

 

En conclusion, une autre manière de se rencontrer

L’hypnose thérapeutique n’est ni une solution miracle, ni une simple technique.

Elle ouvre un espace particulier, où le psychisme peut se dire autrement, à travers des images, des sensations, des mouvements subtils. Dans ma pratique, je la conçois comme une porte parmi d’autres, une porte qui dialogue avec l’approche narrative, la thérapie des schémas et l’IFS, dans un même mouvement, celui d’aider chacun à retrouver une relation plus juste à soi-même, aux autres et au monde. Parfois ces images viennent facilement. Parfois elles prennent du temps. Parfois elles commencent par un silence. Mais dans cet espace, quelque chose peut se déposer, se transformer, se relier. Et il arrive que, pas à pas, une autre manière d’être au monde se dessine.

 

 

Méditation & visualisation (rencontre avec l’imaginal)