Porter un regard de paix en soi et sur les autres : le détachement pacifique.

C’est Gurdjeff qui a été le premier à utiliser les termes de « considération intérieure » et « considération extérieure ». Ce changement de regard si présent dans de nombreuses écoles de connaissance.

La considération intérieure est un processus mécanique mental et émotionnel, fonctionnant automatiquement sans que nous en soyons conscients. Celle-ci a deux aspects.

Le premier, c’est le fait de prendre en considération ce que l’autre pense de moi. J’accorde alors une telle importance à l’autre que je n’existe plus que par son regard. Je n’existe que parce que l’autre me considère. La valeur que j’ai est fonction de ce que l’autre me montre.

Le second aspect, c’est le fait de considérer l’autre à travers mes propres valeurs, mes opinions, mes jugements, mes acquis. Je ne vois donc jamais l’autre, je ne le connais jamais, parce que je le fais passer à travers mes filtres. Et le faisant passer à travers mes filtres, je le juge et je le piétine.

A cause de cette « considération intérieure », je tombe, sans m’en rendre compte, dans un esclavage total et extrêmement profond. Parce que la présence de ce fléau, niché dans ma personnalité, déclenche automatiquement en moi la peur de ne pas exister.

Si je veux m’en libérer, je dois donc me poser des questions :

  • Quel rôle joue la « considération intérieure » dans mes rapports à l’autre ?
  • Sur quel plan de ma personnalité agit-elle ?
  • Si c’est sur le plan intellectuel, à partir de quels critères ?
  • Si c’est sur le plan émotionnel, à partir de quels sentiments agit-elle ? Quelle réaction affectée provoque-t-elle ?
  • Si c’est sur le plan physique, qu’est-ce que le corps de l’autre éveille en moi ? De l’attirance, de l’indifférence, du mépris, de la jalousie ?

La « considération intérieure » découle de l’idée, totalement subjective, que vous vous êtes faite de vous-mêmes et des autres. Elle s’est forgée à partir de votre personnalité qui nourrit votre auto-importance que vous vous êtes donnée. Vous pouvez alors simplement renverser ce fonctionnement en vous posant la question : en quoi suis-je efficace et en quoi suis-je inefficace ? C’et un nouveau regard que vous devez inviter pour pouvoir changer la structure de votre pensée. L’objectif est d’apprendre à entrer en relation avec mon environnement à établir des corrélations. Si je suis important, rien n’existe d’autre que moi. Mais si je suis nécessaire, dans quelle fonction suis nécessaire ? Un organe a une fonction dans un organisme. Dans quelle organisation, dans quelle structure, quel milieu, suis-je nécessaire ? Comment est-ce que je peux être efficace vis-à-vis des personnes qui sont autour de moi si je ne suis pas efficace vis-à-vis de moi-même ?

Ayez tous les jours, ce regard sur vous-même pour savoir comment vous vous comportez. Je n’ai besoin que de trois ou quatre minutes pour cela. Ce n’est pas une introspection attention ! C’est une remémoration sommaire, sans profondeur, sans jugement et sans conclusion ! Vous constatez sans donner aucune importance à ce que vous constatez. C’est une sorte de contemplation que vous faites pour connaître vos caractéristiques. De cette Façon, vous allez apprendre comment la « considération intérieure » agit en vous. Vous allez voir à quel point  vous dépendez constamment du regard de l’autre, à quel point il vous valorise ou vous dévalorise, à quel point il vous fait exister.

Par contre, dans la « considération extérieure », je suis libre de l’opinion de l’autre vis-à-vis de moi-même. Je ne suis pas indifférent non plus. Mais je suis libre, parce que je ne suis plus identifié à ma personnalité. J’accepte l’altérité de l’autre, je ne l’annule plus. Je peux écouter son point de vue sans me nier moi-même pour autant. En considérant l’autre extérieurement de moi-même, je peux ainsi savoir quel type d’être humain j’ai en face de moi, afin de lui parler dans sa langue et pas dans la mienne. Si je ne suis pas capable de voir d’où il vient, à quel monde il appartient, alors je ne me mêle pas, je parle de façon neutre. Le minimum que je puisse faire, c’est d’éviter tout jugement, toute opinion personnelle.

Lorsque l’autre vous parle, la « considération extérieure » ne peut émerger que si vous avez en vous un silence qui vous permet d’avoir une distance. Cette distance, c’est la non-identification à ce que je suis, à ce que je sais et à ce que je pense par rapport à l’autre.

 

Source : 

La voie du sentir de Luis Ansa