Connaitre ses valeurs personnelles : notre boussole intérieure

Connaitre ses valeurs personnelles : notre boussole intérieure

Nos valeurs personnelles sont comme une boussole intérieure. Elles orientent nos choix, influencent nos pensées et donnent une direction à nos actions. Elles sont souvent discrètes, parfois inconscientes, mais elles jouent un rôle essentiel dans la manière dont nous vivons nos relations, notre travail et notre rapport au monde.

Une valeur peut être comprise comme une conviction profonde à laquelle nous sommes attachés. Elle est chargée d’affect : lorsque cette valeur est respectée, nous ressentons du bien-être, de la cohérence et parfois même une forme de joie tranquille. À l’inverse, lorsqu’elle est menacée ou ignorée, nous pouvons ressentir de la frustration, de la colère, de la tristesse ou un malaise difficile à expliquer.

Par exemple, si l’indépendance est une valeur centrale pour une personne, elle pourra se sentir profondément contrariée dans des situations où sa liberté d’action est limitée. À l’inverse, elle éprouvera un sentiment d’épanouissement lorsqu’elle pourra agir selon ses propres choix.

 

 

 Pourquoi est-il important de connaître ses valeurs ?

Identifier ses valeurs permet de mieux se comprendre. Elles constituent une sorte de repère interne qui aide à orienter nos décisions.

Lorsque nos choix sont en accord avec nos valeurs, nous avons souvent le sentiment d’être « à notre place ». Nos actions prennent du sens, et notre énergie circule plus librement. En revanche, lorsque nous vivons longtemps en contradiction avec ce qui compte profondément pour nous, un malaise peut apparaître : fatigue, perte de motivation, tensions émotionnelles ou relationnelles.

Connaître ses valeurs permet donc de prendre du recul sur ce que l’on vit. Cela aide à mieux comprendre certaines émotions, certains conflits ou certaines décisions difficiles. C’est aussi une manière d’avancer dans la vie avec davantage de cohérence intérieure.

 

 Les valeurs : un concept étudié en psychologie

Le psychologue social Shalom Schwartz a largement contribué à l’étude scientifique des valeurs humaines. Avec Wolfgang Bilsky, il a proposé un modèle qui cherche à identifier les valeurs fondamentales partagées par les différentes cultures.

Selon Schwartz, une valeur est une croyance liée à un objectif ou à un comportement jugé souhaitable. Les valeurs servent de principes directeurs dans la vie d’une personne. Chacun possède un ensemble de valeurs, mais elles sont organisées selon une hiérarchie : certaines comptent davantage que d’autres.

Schwartz a également montré que les valeurs possèdent plusieurs caractéristiques importantes :

  • elles sont liées aux émotions : nous réagissons fortement lorsque nos valeurs sont menacées ou respectées
  • elles orientent nos actions et nos choix
  • elles dépassent les situations particulières et s’appliquent à de nombreux domaines de la vie
  • elles servent de critères pour juger des actions, des personnes ou des situations
  • elles sont organisées selon un ordre d’importance propre à chaque individu
  • elles interagissent entre elles : certaines sont compatibles, d’autres peuvent entrer en tension

Les dix grandes valeurs universelles

Dans son modèle, Schwartz identifie dix grandes catégories de valeurs présentes dans toutes les cultures. Chacune correspond à un objectif fondamental.

Autonomie
Elle renvoie à l’indépendance de pensée et d’action : pouvoir choisir, créer, explorer, décider par soi-même.

Stimulation
Elle concerne la recherche de nouveauté, de défis et d’expériences stimulantes dans la vie.

Hédonisme
Elle correspond au plaisir et à la capacité de profiter de la vie.

Réussite
Elle se manifeste dans le désir d’accomplissement personnel et de reconnaissance des compétences.

Pouvoir
Elle renvoie au statut social, à l’influence et au contrôle des ressources.

Sécurité
Elle concerne la stabilité, la protection et l’harmonie, tant au niveau individuel que collectif.

Conformité
Elle correspond à la capacité de réguler ses comportements afin de respecter les normes sociales et de ne pas nuire aux autres.

Tradition
Elle se manifeste par le respect des coutumes, des valeurs culturelles ou religieuses.

Bienveillance
Elle concerne l’attention portée au bien-être des proches, la loyauté, l’honnêteté et la solidarité.

Universalisme
Elle exprime l’ouverture, la tolérance et la préoccupation pour le bien-être de tous, ainsi que pour la nature.

Il est intéressant de noter que le bonheur n’apparaît pas directement dans cette liste. En réalité, chaque personne trouve son bonheur en vivant en accord avec les valeurs qui sont importantes pour elle.

 

 La structure des valeurs : compatibilités et tensions

Le modèle de Schwartz représente les valeurs sous la forme d’un cercle. Les valeurs proches partagent des motivations similaires et peuvent facilement coexister. À l’inverse, celles qui sont opposées peuvent entrer en conflit.

Deux grandes oppositions structurent cet ensemble :

  • l’ouverture au changement (autonomie, stimulation, hédonisme) s’oppose à la continuité (conformité, tradition)
  • le dépassement de soi (bienveillance, universalisme) s’oppose à l’affirmation de soi (pouvoir, réussite)

Ces tensions expliquent pourquoi certaines décisions peuvent être difficiles : agir selon une valeur peut parfois impliquer de renoncer temporairement à une autre.

 Quand notre boussole intérieure perd le nord

Nous portons tous en nous un système d’orientation interne. Il se construit à partir de nos valeurs mais aussi de nos besoins fondamentaux.

Lorsque nous vivons en cohérence avec eux, nous ressentons généralement de l’énergie, de la clarté et un sentiment d’équilibre. Mais lorsque nous nous en éloignons, notre corps et nos émotions commencent souvent à envoyer des signaux.

La recherche en neurobiologie des émotions, notamment les travaux d’Antonio Damasio, a montré que le corps joue un rôle central dans nos décisions. Les marqueurs somatiques sont des sensations physiques qui nous aident à évaluer une situation : une tension dans la gorge, une respiration qui se bloque, une sensation de chaleur ou d’apaisement. Ces signaux précèdent souvent notre analyse rationnelle.

Le philosophe Spinoza avait déjà pressenti cette unité profonde : le corps et l’esprit ne sont pas séparés, ils sont deux expressions d’une même réalité.

Les émotions fonctionnent également comme un système d’alerte rapide. Dans l’approche de la Communication Non Violente développée par Marshall Rosenberg, chaque émotion est liée à un besoin satisfait ou non satisfait.

 

 Bien-être et équilibre intérieur

La médecine et la psychologie utilisent le terme homéostasie pour décrire la tendance naturelle du corps à maintenir ou à retrouver un équilibre.

Lorsque nos valeurs et nos besoins sont respectés, cet équilibre se rétablit. Les tensions diminuent, le système nerveux se calme et un sentiment de cohérence apparaît.

Écouter ses émotions et ses sensations revient finalement à pratiquer une forme d’écologie intérieure. De la même manière que nous respectons les équilibres de la nature, il s’agit de respecter nos propres rythmes et nos repères internes.

Le mal-être n’est pas forcément le signe que quelque chose est cassé en nous. Il peut simplement indiquer qu’un ajustement est nécessaire. À l’inverse, le bien-être apparaît souvent lorsque nos actions, nos besoins et nos valeurs avancent dans la même direction.

Notre boussole intérieure ne se trompe pas. Parfois elle tremble, parfois elle hésite, mais elle continue de nous indiquer ce qui est juste pour nous. Apprendre à l’écouter est déjà une manière de reprendre doucement la direction de sa propre vie.

 

 

Source principale
Shalom Schwartz – Les valeurs de base de la personne : théorie, mesures et applications, Revue française de sociologie. Traduction Béatrice Hammer et Monique Wach (Cairn.info).