Pourquoi le monde semble plus violent et moins porteur de sens

Pourquoi le monde semble plus violent et moins porteur de sens

Beaucoup de personnes ressentent aujourd’hui que le monde est devenu plus dur. Les relations semblent plus tendues, les paroles plus tranchantes, les espaces moins accueillants. On a le sentiment que tout s’accélère, que tout se montre sans filtre, sans protection, sans profondeur. Cette impression n’est pas une faiblesse individuelle ni un simple pessimisme : elle exprime quelque chose de réel dans la manière dont notre monde s’est transformé.

 

 

Nos environnements, qu’ils soient numériques, professionnels, institutionnels ou urbains, sont de plus en plus organisés autour de l’efficacité, de la rapidité et de la transparence. Tout doit être clair, immédiat, mesurable, visible. Mais l’être humain ne fonctionne pas ainsi. Pour aller bien, il a besoin de temps, de lenteur, de zones floues, de silences, d’espaces où tout ne s’explique pas tout de suite. Quand ces médiations disparaissent, le monde devient brutal, non pas forcément violent au sens spectaculaire, mais exigeant, dur, épuisant. On peut alors nommer : brutalisme cognitif, un monde qui se présente sans filtres, sans épaisseur, sans respiration.

 

Un monde sans médiations : quand tout devient immédiat

Dans un monde où tout doit être rapide et transparent, il n’y a plus de place pour la transformation intérieure. L’information arrive sans cesse, les émotions sont exposées immédiatement, les opinions doivent être affichées, les réactions sont attendues dans l’instant. Le temps de la réflexion, de la digestion psychique, de l’élaboration disparaît peu à peu. Or, quand l’expérience n’a plus le temps d’être transformée, elle reste brute. Elle s’accumule dans le corps et dans le psychisme sous forme de tension, de fatigue, d’irritabilité. L’agressivité qui en résulte n’est pas un défaut de caractère : elle est souvent le signe d’un trop-plein non symbolisé. Quand il n’y a plus d’espace pour interpréter ce que l’on vit, on finit par le subir ou par le rejeter violemment.

 

Le corps mis à distance : quand on ne sent plus vraiment le monde

Le corps est notre premier lien avec le monde. C’est par lui que nous sentons, que nous comprenons, que nous habitons la réalité. Mais dans la vie contemporaine, le corps est souvent réduit à un objet à optimiser, surveiller ou contrôler, plutôt qu’à un lieu de sens. Les environnements standardisés, les écrans omniprésents et les rythmes accélérés réduisent la richesse de l’expérience sensorielle. Quand le corps ne peut plus jouer son rôle de médiation, le monde devient abstrait. On le traverse sans l’habiter. Cela crée une impression de flottement, de déracinement, parfois même d’irréalité. Dans cet état, les émotions deviennent plus brutes, plus difficiles à réguler. La violence n’est pas alors un excès de sensation, mais au contraire un manque de profondeur dans le sentir. Elle apparaît comme une tentative désespérée de retrouver une intensité, de sentir à nouveau quelque chose.

 

Un monde qui ne répond plus : la perte de résonance

Beaucoup de personnes décrivent aujourd’hui une impression étrange : tout est là, mais rien ne touche vraiment. Les objets sont nombreux, les sollicitations constantes, mais le monde ne semble plus répondre intérieurement. Cette expérience est celle d’un monde muet, un monde qui ne fait plus écho, qui ne résonne plus avec le sujet. Quand le monde ne répond plus, une frustration profonde apparaît. On a beau agir, consommer, communiquer, travailler, rien ne semble vraiment vivant. La colère et l’irritation deviennent alors des manières de forcer une réponse, de secouer un monde devenu silencieux. La violence peut ainsi être comprise comme un cri lancé à un monde qui ne parle plus.

 

La disparition du poétique : quand le monde perd sa profondeur

Le poétique n’est pas un luxe. Il est ce qui permet à l’être humain de donner de la profondeur à l’existence. Les images, les récits, les métaphores, les rêves, les histoires permettent de transformer la réalité, de la rendre habitable. Quand le poétique disparaît, le monde devient plat, fonctionnel, sans refuge intérieur. Sans récits pour raconter ce que l’on vit, sans symboles pour l’interpréter, l’expérience devient écrasante. Le réel s’impose sans médiation, sans détour, sans espace de respiration. Dans un monde sans poétique, la violence devient parfois la seule manière de rompre la platitude, de produire une intensité là où tout est devenu uniforme.

 

Un monde désenchanté : quand le réel semble mort

La technique, les procédures, les systèmes ont peu à peu envahi les espaces de vie. Ce qui devait aider à vivre a parfois fini par remplacer la vie elle-même. Le monde devient explicable, contrôlable, prévisible, mais aussi pauvre, sans mystère, sans surprise, sans profondeur. Un monde sans mystère est un monde que l’on ne peut plus aimer. Lorsqu’il n’y a plus rien à attendre, plus rien à découvrir, plus rien à écouter, l’existence peut prendre une couleur grise, froide, presque inanimée. Dans ce contexte, certaines formes de destruction ou d’auto-destruction peuvent être comprises comme des tentatives de réveiller un monde endormi, de créer une secousse là où il n’y a plus de vibration.

 

Résister à la brutalité du monde : réapprendre à habiter

Résister ne signifie pas se battre contre tout, ni nier la réalité. Cela signifie réapprendre à habiter le monde autrement, à recréer des espaces de sens là où ils ont disparu. Cela passe par la lenteur, l’attention, le soin du corps, la présence à l’autre, la création, le récit, le silence, l’art, la relation. Ces gestes sont modestes, mais essentiels. Ils redonnent au monde une épaisseur, une profondeur, une résonance. Ils permettent à l’expérience de redevenir transformable, racontable, partageable. Ils ne suppriment pas la violence du monde, mais ils empêchent qu’elle s’installe en nous comme unique manière de répondre.

 

La thérapie comme lieu de ré-humanisation

Dans ce contexte, la thérapie n’est pas seulement un soin individuel. Elle est un lieu où le monde redevient habitable, au moins à petite échelle. On peut y déposer ce qui est trop lourd, trop rapide, trop brutal. On peut y remettre du récit là où il n’y avait que du choc, du sens là où il n’y avait que du bruit, du lien là où il n’y avait que de la solitude. La thérapie devient alors un espace de résistance douce, un lieu où le vivant reprend droit de cité, où l’expérience peut à nouveau se transformer, respirer et faire sens.

 

Conclusion

Si le monde semble plus violent, ce n’est pas seulement parce que les individus seraient plus mauvais ou plus fragiles. C’est parce que les médiations qui rendaient le monde habitable, le sensible, le poétique, le symbolique, le récit, la lenteur, se sont appauvries. La violence apparaît alors comme un symptôme d’un monde devenu trop dur, trop rapide, trop silencieux. La résistance est possible. Elle ne passe pas par la force, mais par la réouverture de lieux de sens, de relation et de profondeur. Habiter le monde à nouveau, c’est déjà commencer à le réparer.

 

 

 

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