L’écopsychologie : un nouveau rapport à la nature (anthropologie clinique)

L’écopsychologie : un nouveau rapport à la nature (anthropologie clinique)

L’écopsychologie : ce mode de pensée, vu aussi comme une prise de conscience, pourrait apporter une réponse au mal-être de notre société qui résonne comme un écho à la crise écologique. Elle explique que notre rupture avec la Terre est une des sources profondes de notre malaise social.

 

La notion d’écopsychologie est attribuée à Theodore Roszack qui lance cette idée avec l’espoir que les relations environnementales deviendraient une composante de chaque orientation thérapeutique, au même titre que les relations familiales. L’enjeu est de sortir du double dualisme nature/humain et extérieur/intérieur pour développer une conscience de l’unité du réel. Vision qui a été notamment travaillé par l’anthropologue P. Descola. Les humains ne sont pas au-dehors de la nature, mais une partie intégrante de celle-ci.

Selon M. Taleb, l’écopsychologie est née de cette tension créatrice entre écologie et psychologie. En ce sens, l’écopsychologie n’est pas une sous-discipline de la psychologie, ni non plus une sous-discipline de l’écologie. Elle représente un troisième champ. Un troisième champ en émergence, champ de connaissances et de pratiques. Quand nous explorons ce champ écopsychologique, nous nous apercevons assez vite que sa nature est transdisciplinaire. Dans la mesure où elle dépasse le domaine des sciences exactes par leur dialogue et leur réconciliation, non seulement avec les sciences humaines, mais aussi avec l’art, la littérature, la poésie et l’expérience intérieure. L’enjeu est d’élaborer une alternative qui prenne appui sur une nouvelle alliance entre la matière et l’esprit − récusant aussi bien le matérialisme grossier qu’un spiritualisme aliénant −, entre le tangible et le symbolique. Dit autrement, le projet de l’écopsychologie est de donner une âme, une conscience à l’écologie, à notre quête de sortie de la crise environnementale.

L’écopsychologie cherche une autre vision du monde qui se démarque de celle qui a régné en Occident ces derniers siècles : la vision anthropocentrique, voire androcentrée, basée sur la séparation. Résolument, l’écopsychologie cherche à dépasser la pensée dualiste (dehors/dedans, nature/culture, masculin/féminin…) pour une perspective systémique où les éléments sont en interconnexion.
Elle tente à sa façon de répondre à la nécessité actuelle, mise en exergue par Edgar Morin, de « relever le défi de la complexité » :

« Deux principes se sont imposés à moi. Le premier est le principe de reliance. Relier ! Relier est devenu un principe cognitif permanent : une connaissance qui isole son objet le mutile et en occulte un caractère essentiel… Le second principe est l’insuffisance de la logique classique face aux contradictions qu’elle rejette, d’où la nécessité d’assumer une dialectique qui lie (encore la reliance…) les contradictions en ce que j’ai appelé une dialogique. »

 

L’écopsychologie suit la ligne tracée par Aldo Leopold selon laquelle « la terre est une communauté » dont les êtres humains doivent se percevoir comme des membres. Consciente de la dimension tendue entre le passé (nos origines sur le plan phylogénétique) et l’avenir (nos enfants et petits-enfants qui vivront sur cette planète), elle envisage les humains comme des êtres totalement imbriqués dans la toile de la vie

Dans ce sens, elle cherche à construire une psychologie dans laquelle la relation à l’environnement non-humain est entièrement prise en compte. C’est ce qu’Andy Fisher appelle sa tâche psychologique. Nourrie par la psychologie des profondeurs (Jung, Assagioli) ainsi que par la psychologie humaniste, et la philosophie (Bergson) elle valorise l’expérience, l’écoute du ressenti, des émotions, des rêves, autrement dit la nature intérieure de l’être. Elle insiste sur la nécessité du « travail sur soi », sur l’expérience qui ramène au vécu et permet d’échapper à un hyper-rationalisme qui nous mutile. Elle se veut tout autant ouverture au soi profond qu’ouverture à l’autre, les deux étant pour elle étroitement liés.

Le psychothérapeute Fisher, explique, quant à lui, que le projet transdisciplinaire de l’écopsychologie comprendrait quatre axes interconnectés :

 

  •  Un axe psychologique : pour passer du moi égocentré au soi éco-centré (écopsychologie), et spirituelle pour accomplir le « je suis » como-humano-divin (écospiritualité) ;
  •  Un axe philosophique : pour dépasser et sortir des dualismes, changer notre vision de la nature et lui redonner une âme, tout en redéfinissant la juste place de l’être humain en son sein ;
  • Un axe anthropologique (dit critique) : déconstruire les systèmes socio-politiques aliénants, basés sur le culte de l’égo et de la consommation, repenser le rapport aux comportements et aux structures socio-économiques, pour contribuer au changement de cap et à la construction d’une société véritablement écologique. 
  •  Un axe pratique : pour offrir des ressources, sensorielles, éducatives, de reliance, régénératrice, permettant à la personne de se transformer et de se relier en profondeur. 

 

De cette manière, l’on pourrait dire que l’écopsychologie entre dans une démarche de transition intérieure. 

 Pratiquer la transition intérieure, c’est œuvrer, individuellement et collectivement, à une métamorphose sociétale, en agissant sur les plans psychologique, culturel et spirituel, au service de la création d’un monde qui respecte et soutient la Vie. La transition intérieure vise et soutient une transformation intégrale jusqu’aux racines de notre société, articulant en profondeur transformation de soi et transformation du monde. En cela, elle explore, intègre et transcende nos dimensions intérieures et extérieures, individuelles et collectives. (…) Elle se matérialise par des pratiques qui nous permettent de changer nos manières de voir et d’agir dans le monde. Elle cultive la justesse et la solidité du lien à soi, du lien aux autres, du lien au Vivant et du lien à plus grand que soi, dans l’équilibre entre ces 4 dimensions. 

Au quotidien, nous pouvons essayer de consommer différemment : réduire notre quantité de déchets, manger moins de produits d’origine animale (viande, poissons, oeufs, produits laitiers). Privilégier les aliments d’origine végétale,  local, et bio afin de participer à la transition écologique. Réduire nos déplacements surtout en avion. Repenser en profondeur notre rapport au temps (ralentir, se connecter plus aux sensations et émotions).

Je pense qu’il faut également faire attention à notre usage des réseaux sociaux, notamment Facebook. En effet, leurs algorithmes ont tendance à nous enfermer dans un courant de pensée en ne nous proposant que des posts qui correspondent à nos préférences et donc à ce que nous pensons déjà. Il est important, pour éviter un phénomène de débordement ou de saturation de notre esprit, de varier les sources d’informations et les nouvelles que nous lisons.

Au niveau social, aller marcher pour le climat ou s’engager dans une association à vocation écologique permet de rencontrer des personnes partageant les mêmes préoccupations et peut ainsi contribuer à apaiser son esprit.

Dans une démarche plus profonde peut être déménager pour avoir un nouveau lieu de vie résiliant et en paix dans la nature. Penser à un changement de carrière professionnel plus en lien avec nos valeurs et idéaux. Voir comment augmenter son autonomie ( potager, connaissance du « do it your self »…) 

La question qui se pose finalement est de savoir comment s’inscrire dans ce monde, quels nouveaux récits écrire et qui seront racontés ? et comment y participer ? C’est dans ce cadre qu’il peut être important d’être accompagné(e), d’être soutenu(e) pour pouvoir identifier, sentir et finalement vivre le choix d’expérience que l’on souhaite pour soi.

 

Quelques attitudes à adopter  :

 

À lire en complément : 

les trois écologies du psychanalyste F. Guattari

Ecospiritualité: un moyen de recréer du sens

Nous vivons socialement un temps entre les histoires 

 

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