Repensons notre lien à la nature – pour une alliance intime avec le vivant non humain

Repensons notre lien à la nature – pour une alliance intime avec le vivant non humain

Pourquoi avons-nous tant besoin d’arbres, d’animaux, d’air pur ? Pas seulement à cause de nos vies urbaines sous pression. Mais aussi parce qu’un lien organique nous unit à la terre. L’homme vit coupé de la nature, et tous les deux en souffrent. Soigner la planète pour se soigner soi (et vice versa), telle est une nouvelle approche en plein essor outre-Atlantique et qui arrive en France.

Dire sa souffrance pour l’apaiser

Cette reconnexion intime avec la Terre conduit inévitablement à ressentir de la souffrance face aux dégâts que nous lui infligeons. Il est donc important de pouvoir exprimer ces émotions – souvent refoulées par nos sociétés sur ces sujets. Tristesse, colère, honte, sentiment de vide ou d’impuissance, peur de l’avenir… en thérapie, tout peut être abordé.

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Réveiller nos sens atrophiés

Retrouver nos racines, nous immerger dans un espace originel pour nous régénérer : la nature alors se fait guérisseuse. « L’esprit, qui n’est plus sollicité par une énième tâche à accomplir ou en état de vigilance permanent, peut se relâcher : il se laisse appeler par la nature qui l’entoure, sans intervention de la volonté, ce qui apaise et atténue la fatigue mentale », poursuit Pascale d’Erm. C’est ainsi que Marcella, 48 ans, s’est relevée d’un divorce et de son second cancer du sein : « Je ne savais plus ce que je voulais faire de ma vie et comment y trouver du plaisir alors que j’avais le sentiment qu’elle m’avait trahi. Je me suis retirée dans ma maison de campagne, une petite bicoque pleine de courants d’air, mais avec un grand jardin. Je n’ai rien fait pendant des semaines sinon mettre les mains dans la terre et dormir ! Je dis aujourd’hui en souriant que mon potager m’a ressuscitée ! D’ailleurs, même maintenant j’y retourne très régulièrement afin de prendre soin de moi. »

Selon les écopsychologues, il suffit de quelques jours pour que la nature réveille nos sens atrophiés par la vie urbaine : nous pouvons alors capter les sons et les odeurs les plus subtils. En prolongeant notre séjour, c’est notre santé qui s’améliore : au bout d’une dizaine de jours, une immersion en montagne ou en forêt réduit le cholestérol, régule la tension et active notre production de globules rouges. Les effets de nos gestes y sont aussi démultipliés : marcher en altitude, nager rapidement dans la mer, jardiner, couper du bois ou pratiquer son yoga dans un pré, apprendre à jardiner ou tenter une expérience de survie en forêt font remonter l’énergie plus intensément. « Et avec elle, la lucidité, précise Pascale d’Erm. La nature nous donne accès au meilleur de nous-même. »

Pas question pour autant de se mettre à « consommer » du vert et d’y retrouver notre frénésie coutumière. La nature nous invite au contraire à reconsidérer notre rapport au temps. Vivace, elle est capable de revenir dans les lieux d’où elle a été chassée : les plantes parviennent bien à s’immiscer dans le béton des villes, comme les arbres ont colonisé les temples d’Angkor. N’y a-t-il rien de plus rassurant ? Elle nous impose aussi un nouveau tempo avec le rythme des saisons. S’y plier favorise notre stabilité intérieure et aiguise notre conscience de l’environnement et de nous-même.

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Comprendre ce qui nous a éloignés de la nature

Si nous détruisons la nature, c’est que longtemps nous en avons eu très peur – une peur encore présente, comme l’a écrit François Terrasson, maître de recherche au Muséum national d’histoire naturelle. Résultat, selon les « écopsys » : autrefois dépendants comme des enfants d’une Terre mère toute-puissante et divinisée, nous avons cherché (comme des adolescents) à sortir de cette dépendance par là contre-dépendance, l’opposition, la maîtrise… La technique nous a rendus tout-puissants à notre tour – indépendants, croyions-nous alors. Nous vivons désormais en majorité en ville, isolés de la nature. Or cet isolement a de nombreuses conséquences néfastes, montrent Rachel et Stephen Kaplan, professeurs à l’université du Michigan, aux États-Unis et auteurs de The experience of nature (Cambridge University Press, 1989, en anglais).

Selon eux, la ville, par ses nombreuses stimulations sensorielles, sollicite notre système nerveux de façon trop intensive. Vitrines, enseignes, spectacle de la rue et circulation nous invitent sans cesse à diriger notre attention vers de nouveaux objets, déclenchant une multitude de discours intérieurs disparates. Cette activation permanente provoque une fatigue mentale qui rend impulsif, distrait et irritable. Le contact avec une nature aujourd’hui domestiquée semble le meilleur moyen d’y remédier. « Offrant un environnement à fort pouvoir de fascination, elle favorise une attention sans effort, apaisée ». Dans cet état, focalisation sur soi-même et disponibilité envers l’extérieur s’équilibrent, le cerveau « récupère ». À en juger par le succès du tourisme vert, du jardinage ou des résidences secondaires, nous sommes de plus en plus nombreux à nous en rendre compte, rêvant d’un coin de verdure, de randonnées, de lieux sauvages…

La nature nous fait du bien au moral, des recherches le confirment. Elle nous apaise et calme le stress à l’origine d’une large part de nos pathologies. Les pouvoirs curateurs du jardinage, à la fois proche de la gymnastique et de la méditation, sont ainsi vantés aujourd’hui par les défenseurs de la médecine « corps-esprit », ou la psycho-neuro-immunologie.

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Un rapport différent à la nature

 « Pour ressentir la nature et communiquer avec elle, il suffit d’en avoir l’intention et d’accepter de “faire comme si”. Sortir seul au grand air, respirer consciemment, s’ouvrir aux sensations : “Qu’est-ce que je sens, vois, entends, ressens dans mes pieds, mes jambes, mon corps ?” Et sans partir dans des pensées, revenir toujours à cette ouverture réceptive. » Surgit alors un sentiment de gratitude envers la Terre et ses bienfaits.

L’écopsychologie dessine ainsi un parcours en spirale qui mène de l’expérience de la gratitude envers la nature à la reconnaissance de la souffrance provoquée par sa dégradation, et s’achève avec un changement de rapport avec elle : le sentiment de coupure fait place à celui de l’interdépendance. Et voilà le mot-clé de l’écopsychologie ! À chacun sa manière de ressentir cette interdépendance et cette nouvelle discipline n’est pas avare en exercices pratiques. Certains feront sourire (toucher de l’herbe, puis ses cheveux, et les comparer), d’autres feront réfléchir (écouter un texte contant l’évolution de la main depuis la nageoire primitive), d’autres encore surprendront (poser ses mains sur les côtes d’un partenaire et découvrir que les respirations se synchronisent peu à peu). « C’est dans ces va-et-vient entre moi et non-moi que se situe le secret de l’interdépendance », estime Claire Carré.

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